Finkielkraut et les hypocrites

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Dans un monde idéal, chaque individu présent sur la place de la République ferait preuve de self-control et l’urbanité serait la règle de conduite à laquelle nul ne dérogerait. Mais la réalité n’a pas cette pureté. Il y eut donc des personnes, samedi soir, pour ne pas supporter la présence à Nuit debout d’Alain Finkielkraut et pour l’exprimer avec des « fasciste ! » vindicatifs et des « casse-toi ! » convaincants. Tandis que le philosophe, en repli, répondait par un académique « gnagnagna, pauvre conne ! » et un non moins conceptuel « c’est des coups de latte qu’il me faut ? ».

Résultat : le monde médiatico-politique s’est ému de cette intolérable entrave à la liberté de circuler. C’est Najat Vallaud-Belkacem qui a déclaré : « Je me battrai toujours pour qu’ [Alain Finkielkraut] puisse » exposer ses idées. Ces violences « portent une atteinte terrible à l’image de ce mouvement ». C’est Laurent Joffrin qui, au début de son éditorial de lundi dans Libération, distingue Nuit debout et les « béotiens excités » pour ne plus faire la différence ensuite. « On vient de restreindre la liberté, […] de remplacer la fraternité par un crachat », s’exclame le journaliste avec l’hypocrisie de celui qui discrédite en se défendant de le faire. Ces belles âmes préfèrent aboyer avec les Maréchal-Le Pen et les Ciotti, ces Thénardier « de la haine et de l’intolérance » – deux mots caractérisant selon eux Nuit debout –, plutôt que de s’intéresser aux faits.

Ainsi, selon le témoignage de deux membres de la commission Accueil et sérénité, qui ont raccompagné Alain Finkielkraut, celui-ci a pu assister à l’assemblée générale sur la place pendant plus d’une heure sans être inquiété. D’autant que le chantre malheureux de l’identité blanche est prolixe, on le sait, en stigmatisations à connotation raciste : sa présence à Nuit debout n’était que pure provocation. Tous les réacs de la terre devront-ils être chaleureusement accueillis à République pour que le mouvement convainque de son exigence démocratique ? On attend la réponse de Najat Vallaud-Belkacem et de Laurent Joffrin, par ailleurs avares en déclarations et en éditos sur les violences policières, qui pourtant cassent du lycéen et « remplacent la fraternité » par des coups de matraques. Un problème d’émotion ?


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