« Primaire élargie » : l’appel de la gauche du PS déjà tombé à l’eau ?

Ce week-end, l’aile gauche du PS a demandé la tenue d’une « grande primaire de la gauche ». Jean-Luc Mélenchon a réitéré son refus d’y participer.

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L’idée avait été enterrée avant l’été. L’aile gauche des socialistes l’a ressuscitée… pour la ré-enterrer avant l’automne ? Réuni ce week-end à La Rochelle, à l’endroit précis où avait été organisée, en 1993, la première université d’été du PS dans ce port charentais, le courant « À gauche pour gagner » a lancé, samedi soir, un appel à « élargir » la primaire. Huit mois après la publication de la tribune « Pour une primaire à gauche » dans Libération, et deux jours après celle de Gérard Filoche dans le même quotidien, les militants socialistes de l’aile gauche ont adopté un texte pour appeler à « une grande primaire de toute la gauche et des écologistes » afin de « prémunir contre l’immense défaite annoncée ». But de l’opération : contourner la primaire organisée par Jean-Christophe Cambadélis en janvier prochain, et qui peine à rassembler au-delà des cercles socialistes.

« Pour faire gagner le clan du progrès, il faut rassembler, rassembler encore. [C’est pourquoi] je propose qu’on impose au Parti socialiste d’élargir. On ne veut pas d’une primaire riquiqui », a lancé l’eurodéputé socialiste, Emmanuel Maurel, devant quelque 300 militants qui s’étaient déplacés à La Rochelle. L’enjeu est en réalité moins de rallier les Verts et le PCF que Jean-Luc Mélenchon, qui affiche de bons sondages. Et la tâche s’avère ardue puisque tous ont jusqu’ici formellement exclu de participer à un scrutin dont l’issue pourraient les contraindre in fine à faire la campagne de François Hollande.

Responsabilité historique

Une hypothèse peu probable, estime-t-on à La Rochelle. « Si François Hollande gagne la primaire, c’est qu’on est des buses », estime l’eurodéputé Guillaume Balas. Une victoire de Hollande « sera extrêmement difficile, voire impossible », veut croire Christian Paul, le porte-parole des frondeurs, qui se montre en revanche très pessimiste si « rien ne change au PS, au PCF et chez EELV » : « Je dis à Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot et Pierre Laurent : vous avez un rôle à jouer dans ce pays. Sinon, c’est la défaite programmée », pronostique-t-il. « Si rien ne change, on va vers la catastrophe, abonde Martine Chantecaille, membre du conseil national du parti, il n’y a pas d’autre solution que Jean-Luc vienne faire la primaire ». Mélenchon, clef de 2017 ? « Pour l’instant, oui », reconnaît le député de Paris, Pascal Cherki.

Reste à savoir comment le convaincre. « La situation a évolué depuis quinze jours, estime Guillaume Balas, plus l’hypothèse d’une confrontation Sarkozy-Le Pen se précise, plus les citoyens vont faire pression pour qu’il bouge ». Et d’avancer que Mitterrand en son temps a bien réussi à rassembler des pro-URSS et des pro-USA… « De toute façon, il a tout intérêt à y aller, poursuit-il, car il a de grandes chances de l’emporter .» D’autres socialistes se montrent moins bienveillants, qui pointent la « responsabilité historique » que le cofondateur du Parti de Gauche devra porter en cas de refus. « Il ne sert à rien d’aller à une présidentielle pour faire 14 % et régner sur un champ de ruine », grince Pascal Cherki.

Routines

Avant même l’adoption de l’appel par les militants de la gauche du PS samedi soir, et comme une réponse du berger à la bergère, Jean-Luc Mélenchon opposait, de la Fête de l’Huma, une fin de non-recevoir aux socialistes. « Commencez d’abord par quitter vos partis parce que vos partis soutiennent le gouvernement », leur a-t-il intimé. Christian Paul, bien qu’estimant qu’il faut « se défaire des routines politiques » dans cette période ressemblant « aux années 30 », a lui aussi évacué l’idée de rallier le mouvement de La France insoumise…

Du côté des soutiens d’Arnaud Montebourg, la question du périmètre de la primaire semble ne même plus se poser. « On n’est pas dans le même espace que Jean-Luc Mélenchon car on n’est pas dans une culture protestataire », juge le député d’Indre-et-Loire, Laurent Baumel. « Quand il y aura un candidat bien identifié à gauche comme pouvant battre Hollande, les gens ne se tourneront plus vers Mélenchon ou Macron », ajoute le directeur de campagne d’Arnaud Montebourg. Lequel compte bien siphonner les voix de son ancien camarade du PS et le traiter comme un adversaire parmi d’autres.


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