« Alliance bolivarienne » : urgente désintox

La France insoumise souhaite une alliance avec l'Alba, une organisation sud-américaine antiatlantiste. Une proposition qui suscite nombre de réactions...

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Le point 62 de « L'Avenir en commun », concernant l’intégration de la France à « l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), a suscité de nombreuses réactions. À tel point que la France insoumise a mis en ligne ce vendredi 14 avril une vidéo « désintox ».

La première réaction a été celle de Patrick Cohen, lundi soir sur le plateau de « C à vous » (France 5) face à Alexis Corbière, porte-parole de la France insoumise. Le journaliste, découvrant cette proposition, a commencé par lister la « sortie des traités européens, de l’Otan, de l’OMC », pour arriver à l’objectif ultime, l’adhésion à la fameuse alliance, « dont les principaux pays membres sont Cuba et le Venezuela, et les pays observateurs, la Russie et l’Iran », concluant sa démonstration par : « Vous voyez bien le symbole. » Clémentine Autain, invitée jeudi matin sur France Info, n’était pas au courant de ce point du programme, devant un Jean-Michel Apathie bien content de lui apprendre.

Des alliances contre le poids régional des États-Unis

Ce point 62 se trouve dans le livret thématique consacré à l’outre-mer. Il annonce vouloir « rejoindre les coopérations régionales comme l’Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) et la Celac pour les Antilles et la Guyane française ». L’Alba et la Celac ont ceci de commun entre elles : ce sont deux organisations qui souhaitent écarter le poids de la politique étatsunienne en Amérique latine et dans les Caraïbes.

L’Alba est une organisation créée en 2004 par le président vénézuélien Hugo Chavez, et le dirigeant cubain Fidel Castro. Elle était présentée à l’époque comme une alternative à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), un projet de George Bush datant de 2004 qui voulait intégrer tous les pays du continent américain, sauf Cuba. L’idée est de rassembler les pays dans un ensemble régional sur « les principes de solidarité, de coopération, de complémentarité et de réciprocité », explique Olivier Dabène, professeur à Sciences Po et spécialiste de l'Amérique latine, à France Info.

La Celac, est la fusion de deux organismes plus anciens, le Groupe de Rio, et le Sommet de l’Amérique latine et des Caraïbes. Elle regroupe 33 pays, soit 600 millions d’habitants. Dès sa création en décembre 2010, l’Amérique du Nord a été écartée. La Celac souhaite par ailleurs rivaliser avec, voire remplacer l’Organisation des États américains (OEA) où siège Washington, comme l’a déclaré à nouveau Rafael Correa, l’ancien président de l’Équateur, lors du dernier sommet de l’organisation en janvier 2016.

Mauvaises fréquentations

Patrick Cohen critiquait la participation de la France dans une alliance avec Cuba et le Venezuela. Une alliance qui existe déjà, par l’Association des États de la Caraïbe (AEC), avec laquelle la France est associée. Elle y représente Saint-Barthélemy et Saint-Martin. La Martinique, la Guadeloupe et la Guyane française sont aussi des membres associés, mais en leur propre nom. L’AEC a d’ailleurs des missions communes avec l’Alba – que veut rejoindre Mélenchon –, mais l’antiatlantisme y est moins revendiqué.

Alexis Corbière, sur Sud Radio / Public Sénat, a d’ailleurs tenu à rappeler que « le Venezuela n’est pas le modèle » de la France insoumise, et qu’« aujourd’hui, la situation ne satisfait pas à cause des tensions dans le pays ».

Mais l’Alba comporte également des pays observateurs, à savoir cette année Haïti, l’Iran et la Syrie. Des alliances qui, pour Fabien Namias, interrogeant Manuel Bompart sur Europe 1, « ne participent pas à l’idéal démocratique de notre pays »… déjà bien abîmé par les intérêts énergétiques que la France partage avec les monarchies pétrolières de l’Opep, pourtant peu réputées pour leur respect du droit international.


Haut de page

Voir aussi

Boiron : les salariés s’estiment victimes des mauvais choix de l’entreprise

Éco/Social accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents