L'édito de Guillaume Meurice, rédac' chef invité : La campagne comme un porno SM

L'édito de Guillaume Meurice, rédacteur en chef invité de Politis.

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Dans la locution « rédacteur en chef invité », l’élément qui m’a laissé le plus perplexe fut certainement le mot « chef ». Car la notion de pouvoir me pose problème. Friedrich Nietzsche, qui avait autant oublié de se tailler la moustache que d’être complètement crétin, le disait en d’autres termes : « Il m’est odieux de suivre autant que de guider. »

Pourtant, en ce moment même, onze individus se prennent la tête jour et nuit pour prendre celle de la République. Un scénario à rebondissements qui ferait passer Games of Thrones pour Louis la brocante, mais dont l’issue ressemblera sans doute davantage à un porno SM, avec, dans un rôle de soumission, le peuple. Voter reviendrait-il donc à choisir qui tiendra le fouet ? Quelles solutions avons-nous pour éviter ce dénouement, pour contrer ce fatalisme ambiant ? Politis crée toutes les semaines, dans ses colonnes, les conditions de ces questionnements. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté avec grand plaisir l’invitation de la rédaction.

Un humoriste parmi des journalistes. Et pourquoi pas ? Car les deux professions ont notamment un point commun : dire au monde qui il est. Avec l’obligation de ne pas se prendre au sérieux pour l’humoriste. Avec l’engagement de ne rien prendre à la légère pour le journaliste. Dès lors, le mélange des genres peut-il opérer ? Loin d’une volonté de ma part de créer un personnage hybride mi-Edwy Plenel mi-Jean-Marie Bigard, il semble toutefois que la frontière ne soit pas si imperméable entre informer et amuser.

À une condition cependant : que l’humour soit assumé et pas involontaire. Sinon, il serait légitime de se demander si Alain Duhamel, 76 ans au compteur, 53 de carrière, ne mérite pas un passage sur Rires et Chansons lorsqu’il se plaint du manque de renouvellement dans le paysage politique. Ou de réclamer une chronique d’humour absurde dans la matinale de France Inter pour Jean-Pierre Pernaut, l’Albert Londres de la foire à la saucisse.

Il s’agit donc bien d’utiliser délibérément l’humour comme un élément du discours, dans le but de rendre ce dernier plus accessible. D’œuvrer pour le droit inaliénable à la satire et à la dérision concernant chaque tentative d’oppression et d’asservissement de la parole. De saisir chaque occasion de pratiquer ce que Deleuze appelle la micro-résistance. Bref, questionner, ne plus subir, agir, se tromper, recommencer, lutter, rêver, réussir. Et toujours tout remettre en cause. À commencer par le pouvoir et l’autorité, au premier chef.


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