Macron dans la salle des pas perdus

Le Président a une conception élaborée du « rien ». Chez lui, c’est quelque chose !

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


U ne gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » Ces propos, qui ont déclenché la polémique, relèvent de la « pensée complexe » d’Emmanuel Macron – dont s’enorgueillit son entourage pour expliquer au Monde son refus de se soumettre aux questions des journalistes le 14 Juillet. Le Président a en effet une conception élaborée du « rien ». Par exemple, au sujet des ravisseurs de Sophie Petronin au Mali, il dit : « Ces gens ne sont rien. Ce sont des terroristes, des voyous, des assassins. » Le rien, chez lui, c’est quelque chose ! Et puis, la preuve de sa complexité, c’est qu’on l’a mal compris.

Revenons aux faits : ce 29 juin, il inaugure Station F, une immense couveuse de start-up financée par Xavier Niel, d’où sont censées éclore les plus grandes aventures technologiques de demain. Le « campus », avec son architecture flambant neuve, a investi l’ancienne Halle Freyssinet, dans le XIIIe arrondissement de Paris, dépendance de la gare d’Austerlitz. Ce qui a amené le Président à évoquer la vocation première de l’endroit : « Ne pensez pas une seule seconde que si, demain, vous réussissez vos investissements ou votre start-up, la chose est faite. Non ! Parce que vous aurez appris dans une gare. Et une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Parce que c’est un lieu où on passe. Parce que c’est un lieu qu’on partage. Parce que la planète, cette ville, notre pays, notre continent, ce sont des lieux où nous passons. Et si nous oublions cela en voulant accumuler dans un coin, on oublie d’où on vient et où on va. » Vous suivez ? La citation, honteusement tronquée par mes confrères, n’éclaire-t-elle pas la complexité présidentielle ?

Loin de lui le mépris social que dénoncent les simples d’esprits. Mais, au contraire, un message auprès de « ceux qui réussissent » pour qu’ils se sentent le « devoir » de « faire réussir les autres » et de « donner un destin à des gens qui n’en avaient pas » (sic). « Ce devoir, ce n’est pas l’État qui l’imposera par des règles, des impôts ou des normes », a-t-il ajouté. Autrement dit, la lutte contre les inégalités ne s’inscrit pas dans une politique de redistribution, elle est le fruit d’une injonction morale. Notre président républicain ne serait-il pas… un rien curé ?


Haut de page

Voir aussi

Articles récents