Sur Adama Traoré, Ruffin enquête…

Le député de la France insoumise, interpellé à propos de l'affaire du jeune homme mort à la suite d'une arrestation, ne veut pas se « positionner avant d’être intimement convaincu ».

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Jeudi 21 septembre, à Harfleur, près du Havre, à l’issue d’une journée de mobilisation, François Ruffin participe à une réunion publique. Quand vient le sujet des violences policières, le député de la France insoumise est interpellé à propos d’Adama Traoré. Peut-il relayer à l’Assemblée nationale les nombreuses questions sur les circonstances de la mort du jeune homme et sur l’attitude de l’État ? Voici sa réponse, comme l’atteste une vidéo diffusée sur le Net : « Je ne vais pas me positionner avant d’être intimement convaincu. En toute matière, je mène l’enquête d’abord. Pour que je porte avec force des dossiers, il faut que je sois animé d’une conviction puissante et intime. Ce à quoi je peux m’engager, c’est de vous [la famille Traoré, NDLR] recevoir pour que vous me filiez les preuves et que je mène l’enquête pour que j’en sois intimement convaincu. »

On n’est jamais trop prudent. L’intarissable représentant du peuple, le fougueux réalisateur de Merci patron !, le journaliste sans peur ni reproche, est soudain bien timoré. À la sœur d’Adama Traoré, Assa, présente à ce meeting, qui lui demande ce qu’il a dit de la mort de Rémi Fraisse, il réplique : « Je n’ai pas pris position pour Rémi Fraisse. » Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, qui, en mai dernier, avait âprement accusé Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur au moment des faits. Sans doute est-ce ainsi que François Ruffin met en œuvre l’indépendance qu’il revendique vis-à-vis de la discipline made in la France insoumise.

Au cas où « les preuves » que lui auront « filées » les proches du défunt ne lui paraîtraient pas convaincantes, recommandons au député de la Somme quelques gestes simples. Par exemple, taper le nom d’Adama Traoré dans un moteur de recherche sur Internet. Il verra notamment que, dans cette affaire, un procureur de la République a menti, une policière a rédigé un procès-verbal en y inscrivant de fausses affirmations, un pompier appelé pour secourir le jeune homme contredit plusieurs déclarations des gendarmes auteurs de l’arrestation funeste. Dès lors, peut-être sera-t-il « intimement convaincu » et soutiendra-t-il le combat d’Assa Traoré, qui exige « vérité et justice ». Ou bien, négligeant le fait qu’un pandore peut mentir comme un vulgaire patron, François Ruffin continuera de mener une enquête dont, seul, il a le secret…


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