Assurance chômage : les syndicats inquiets

Après les premiers entretiens bilatéraux sur l'assurance chômage et la formation, les organisations de salariés ont mis en garde Emmanuel Macron, tant sur la méthode de concertation que sur le fond.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Après la flexibilité, la sécurité ? Si la réforme du Code du travail par ordonnances a assurément amené la première, rien n’indique, après les premières rencontres bilatérales entre Emmanuel Macron et les organisations syndicales et patronales, jeudi et vendredi, que celle de l’assurance chômage garantira la seconde, pourtant promise par le Président pour contrebalancer les effets sociaux dévastateurs des ordonnances : « Après la partie libérer, la partie protéger », avait-il ainsi indiqué la semaine dernière sur le campus de l'École d'application aux métiers des travaux publics d'Egletons (Corrèze).

Mais ce premier round d’entretiens (qui portaient aussi sur la formation et l’apprentissage) n’aura pas permis d’en savoir beaucoup plus sur le contenu des réformes envisagées par le chef de l’État. Au contraire, les syndicats ont fait part de leurs inquiétudes, et exigé un changement de méthode par rapport à la discussion sur les ordonnances.

« Nous n'avons pas des têtes d'alibi »

Ainsi, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a dit avoir « fait un bilan de l'épisode précédent », qui ne l’« a pas satisfait tant sur le fond que sur la forme ». « Discuter ça sert toujours, mais que nous n'avons pas des têtes d'alibi », a-t-il également lancé, exigeant « un texte » sur lequel l’ensemble des parties prenantes pourraient s’appuyer, ainsi que « des multilatérales » en lieu et place des bilatérales qui avaient prévalu pendant les concertations sur les ordonnances. Il demande une véritable concertation, en somme, et non une vague discussion au terme de laquelle les syndicats prennent connaissance du texte « deux heures avant » la presse.

Laurent Berger a, lui aussi, demandé « qu'on démarre non pas par des bilatérales, mais par une multilatérale ». Il estime avoir été « entendu » par le Président sur ce sujet.

Sur le fond, plusieurs syndicats ont fait part de leur opposition au passage d’une gestion paritaire syndicats-patronat à une gestion tripartite avec pilotage de l’État, annoncé par Emmanuel Macron pendant sa campagne. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a ainsi estimé que les syndicats « devaient garder leur "responsabilité, en ce qui concerne les salariés, [...] sur la définition des prestations et de l'indemnisation… Quand on gère à trois, c'est toujours deux contre un et ça tourne, donc je ne pense pas que ce soit le meilleur système ».

Possible baisse des indemnités

François Hommeril, de la CFE-CGC, a lui aussi rappelé une « ligne rouge » : « Une étatisation du système [...] qui reviendrait à remettre en question le caractère contributif, assurantiel et solidaire du dispositif actuel. » Mais Emmanuel Macron a d’ores et déjà annoncé un basculement d’une partie du financement de l’assurance chômage sur la CSG, donc sur l’impôt, remettant de fait en cause le système par cotisations, ce qui, selon Pierre Gattaz, patron du Medef, rend déjà le « paritarisme bancal ».

Autre crainte des syndicats : une possible baisse des indemnités versées à l'ensemble des chômeurs, dont Le Canard enchaîné laissait entendre mercredi que le ministère du Travail en « envisage la possiblité ». La raison : le surcoût engendré par l’indemnisation promise par le candidat Macron des indépendants et des démissionnaires. Ce coût pourrait atteindre, selon une étude du ministère citée par Les Échos, entre 8 et 14 milliards la première année, en raison de l’effet d’aubaine de la mesure, et entre 2 et 3 milliards les suivantes.

« J'ai posé la question. Le président de la République a été extrêmement clair en disant qu'il ne voulait pas de réductions des droits. Je serai satisfait lorsque j'aurais vu que c'est exactement le cas », a souligné M. Berger. La prudence, concernant les promesses d'Emmanuel Macron, est en effet la conduite la plus sage.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents