Refuser la connivence et la léthargie masculines

Des hommes condamnent les violences masculines envers les femmes et s’engagent à adopter des comportements indiqués par les féministes.

Collectif  • 29 novembre 2017
Partager :
Refuser la connivence et la léthargie masculines
© photo : BERTRAND GUAY / AFP ; blog Genre !

Nous vivons dans un système qui banalise et protège les violences masculines. Les hommes, quelle que soit leur particularité, ont appris à les exercer, à s’en servir et à bénéficier du rapport qu’elles génèrent. Allons-nous continuer à agir ainsi ?

Nous savons que les « blagues » sexistes nous permettent de poser nos marques et d’évaluer la résistance présente. Nous savons nous dédouaner, nous trouver des allié-es, des circonstances atténuantes, etc. Et nous savons très bien reconnaître les dépassements des limites en nous ou chez les autres hommes : les regards que nous imposons, la répétition de « propositions sexuelles » (vraiment pas insistantes), la mauvaise foi sur les intentions réelles, cette facilité avec laquelle nous imposons notre toucher lubrique (la cuisse ou la main qui se rapproche d’autrui lentement si discrètement), le marchandage pour obtenir du sexe, de l’attention ou de l’intimité, etc.

Qu’importe que certains hommes n’utilisent pas les poings ou le feu, nous savons aussi rabaisser, pister dans la rue, ou simplement ignorer les femmes. Et c’est en connaissance de cause que les hommes agissent ainsi : pour garder ou asseoir le pouvoir, glorifier son ego, lire son journal tranquille, ou s’accorder entre potes devant le foot, ou n’importe quel autre concert de virilité.

Certains d’entre nous voudrions nous penser égalitaristes ou progressistes quand nos propres actes sont des menaces, voire des agressions. Il faut que cela cesse. Il est urgent de mettre notre quotidien en conformité avec nos aspirations d’égalité et de justice et d’utiliser notre pouvoir autrement que pour le consolider.

Certains hommes se plaignent aujourd’hui que leur seule présence est en soi perçue comme une menace par des femmes, et ils saisissent cette idée pour leur adresser un énième nouveau reproche. Mais la responsabilité est plutôt à chercher du côté des hommes : ceux qui agressent des femmes en raison de leur sexe, ou ceux qui restent statiques encore en raison du sexe.

Les questions sur le genre ne sont pas un exercice ludique sur l’identité individuelle. Ce sont des questions qui concernent littéralement la vie de l’ensemble des femmes, et la survie pour un grand nombre d’entre elles. Alors s’il y a une chose à retenir de la révolte en cours, c’est bien de prendre la mesure de nos actes pourris passés, d’en assumer les responsabilités sociales et de nous mettre au travail pour que les violences masculines cessent.

C’est pourquoi, à la suite d’indications féministes [1], nous nous engageons sur les différents points suivants. Nous invitons vivement les hommes qui liront ces lignes à en faire de même.

• refuser de parler à la place des femmes ;

• refuser de participer à la non prise en compte du genre ou à l’exclusion des femmes (conférences, postes de travail, médias) ;

• refuser de suivre ou protéger les autres hommes dans toutes les manifestations du sexisme quotidien ;

• refuser explicitement de consommer de la pornographie ou d’avoir recours à la prostitution ;

• s’impliquer à égalité dans l’ensemble des tâches ménagères et dans la charge mentale qu’elles suscitent. (Il n’est pas question de gouts personnels) ;

• verser un don conséquent – en regard des inégalités de salaire entre les sexes – aux associations féministes qui luttent contre les violences des hommes et leur impunité : Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, Collectif féministe contre les viol…

© Politis

[1] Feminist Current : 11 façons dont les hommes peuvent répondre de manière productive au mouvement #MoiAussi ; Ndella Paye : De la belle théorie à une pratique effective

Premiers signataires : Benjamin, Bruno, Claude, Didier, Dominique, Erwann, Frankie, Gilles, Gilles, Jessy, Joackim, Martin, Patrick, Pierre, Pierre, Richard, Serge, Sylvain, Yeun, Zeromacho

Publié dans
Tribunes

Des contributions pour alimenter le débat, au sein de la gauche ou plus largement, et pour donner de l’écho à des mobilisations. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Nous appelons la France à voter contre l’accord UE-Mercosur
Accord de libre-échange 9 janvier 2026

Nous appelons la France à voter contre l’accord UE-Mercosur

Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, des ONG et des associations appellent la France à voter contre le traité de libre-échange, alors qu’il pourrait être scellé lundi 12 janvier.
Par Collectif
L’enlèvement de Nicolás Maduro préfigure un monde dominé par la force
Tribune 5 janvier 2026

L’enlèvement de Nicolás Maduro préfigure un monde dominé par la force

En tolérant l’enlèvement du président vénézuélien et de son épouse par les États-Unis, la communauté internationale ouvre la voie à un monde où la loi du plus fort pourrait définitivement supplanter l’État de droit.
Par Vincent Brengarth
Au nom de la décarbonation, l’État allège la réglementation des installations polluantes
Tribune 16 décembre 2025

Au nom de la décarbonation, l’État allège la réglementation des installations polluantes

Paul Poulain, spécialiste des risques et impacts industriels, alerte sur la tentative de l’État d’utiliser le mythe du bioliquide « propre » pour assouplir le droit des installations polluantes, en intégrant certains bioliquides dans la catégorie des combustibles « connus ». Un risque pour la protection des riverains et travailleurs.
Par Paul Poulain
Reprendre la main sur le logement : défendre et amplifier la loi SRU
Tribune 12 décembre 2025

Reprendre la main sur le logement : défendre et amplifier la loi SRU

Pour Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement, l’État doit défendre la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) – qui fête ses 25 ans ce 13 décembre – face aux attaques dont elle est l’objet. Et doit la prolonger par une Sécurité sociale du logement.
Par Eddie Jacquemart