Jean Douchet : Le critique épicurien

Trois jeunes réalisateurs livrent un beau portrait de Jean Douchet.

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À la fin de ce documentaire qui lui est consacré, Jean Douchet distingue deux façons d’être : incliner vers la vie ou opter, comme le font la plupart des gens, pour l’existence. Il précise : la vie induit les surprises et le mouvement, tandis que l’existence renvoie à la fixité et à l’attachement. Voilà une fulgurante distinction énoncée par l’un des plus grands critiques de cinéma, valable aussi pour le 7e art. Les très grands films sont effectivement des organismes vivants, comme le rappellent Noémie Lvovsky et Arnaud Desplechin, qui, à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec), ancêtre de la Fémis, ont été à la bonne école de Jean Douchet.

À rebours de l’exercice hagiographique, Jean Douchet, l’enfant agité a les allures d’un film-enquête, amical et respectueux. Les réalisateurs, trois jeunes gens de 25 ans, Fabien Hagège, Guillaume Namur et Vincent Haasser, cherchent à lever le voile sur ce mystère : comment un critique, aujourd’hui âgé de 87 ans, dont l’œuvre est, au sens traditionnel – c'est-à-dire l'œuvre écrite –, quasi inexistante (1), a-t-il pourtant marqué des générations de cinéphiles ? C’est que Jean Douchet, de ciné-club en débats à la Cinémathèque, en passant par les suppléments des DVD, n’a cessé de dispenser sa parole aiguisée sur les films qu’il aime, autant les grands chefs-d’œuvre du passé que les premiers essais de nouveaux venus.

Ce qui transparaît de ce beau portrait, c’est l’insatiable curiosité de Douchet. À quoi s’ajoute son talent de passeur, qui tient à son érudition mais surtout à son extraordinaire capacité de pénétration des mises en scène, et à sa générosité, qui lui permet d’être entendu par tous les publics.

Ainsi la parole de Douchet dessille les yeux du spectateur autant qu’elle se révèle celle d’un sage épicurien, suscitant dans un même mouvement l’amour du cinéma et de la vie.

Jean Douchet, l’enfant agité, Fabien Hagège, Guillaume Namur et Vincent Haasser, 1 h 35.


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