Le pari réussi de « la fête à Macron »

Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient présentes à l'appel de François Ruffin. Une ambiance bon enfant qui laisse augurer un mois de mai riche en mobilisations.

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Que l’on ne se fie pas à son cortège morcelé, à ses syndicats et partis politiques désunis et aux quelques incidents qui ont émaillé son arrivée place de la Bastille : la manifestation du 5 mai est une réussite. Lancée le mois dernier par le député François Ruffin, membre du groupe de la France insoumise, et l’économiste et philosophe Frédéric Lordon, la « Fête à Macron », qui se tenait à Paris ce samedi sous le soleil a rassemblé 100 000 personnes selon les organisateurs – 40.000 personnes, selon la préfecture de Police, et un peu moins selon le cabinet Occurrence pour un collectif de médias.

Sur un itinéraire de 4,5 kilomètres reliant la Place de l’Opéra à celle de la Bastille, quatre chars aux noms évocateurs de « Dracula », « Napoléon », « Jupiter » ou encore « Résistance », rythmaient le défilé.

Suivant de peu la tête de cortège constituée de représentants de secteurs en lutte, le car de la France insoumise, autour duquel gravitait une foule importante et qui a vu se succéder à la tribune les députés du groupe, dont Alexis Corbière, Ugo Bernalicis ou encore Jean-Luc Mélenchon. « Il y a exactement 227 ans, les états-généraux se réunissaient pour mettre fin au régime », a-t-il rappelé. « Vous n’êtes pas responsables de la dette », a-t-il lancé à la foule, félicitant les « cheminotes et les cheminots », « les étudiants », « les postiers », « les avocats », « les magistrats » pour leur mobilisation. Aux personnels hospitaliers, le chef de file de la France insoumise à l’Assemblée nationale a tenu à adresser un message fort : « La France vous aime », a-t-il martelé.

Vers une union le 26 mai

Au sujet l’Exit tax, qu’Emmanuel Macron a annoncé vouloir supprimer dès l’année prochaine, Jean-Luc Mélenchon a prévenu : aux riches qui se sont « gavés comme des tiques », quand sera établi « l'impôt universel » qui figurait dans son programme, « même en enfer ils payeront leurs impôts ». Il a également annoncé que la France insoumise se joindrait au grand rassemblement inter-syndical, politique et populaire prévu le 26 mai. En effet, sous l’égide de la fondation Copernic et de l’association Attac, les différentes strates de ce qui compose l’opposition à la politique menée par le Gouvernement ont entamé des négociations en vue d’une « marée populaire » à cette date et sont proches d’y parvenir.

« Ça prend forme », confirme le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. « La procédure est discutée collectivement », indique-t-il, prévenant cependant contre « les effets d’annonce », en tenant la banderole du PCF, située dans une deuxième partie du cortège, avec Picardie Debout, le mouvement de François Ruffin, et Génération.s, celui de Benoit Hamon, derrière lesquels d'autres groupes de la France insoumise, venus des différentes régions de France, avaient pris place. Un rappel qu’en matière d’unité, notamment à gauche, des progrès sont encore à faire... « Cette manifestation n’a pas d’étiquette », a pourtant défendu Ugo Bernalicis.

L’appel aux « éveillés tardifs »

Alors que la préfecture avait mobilisé 2 000 membres des forces de l’ordre et que le gouvernement redoutait des actes de violence – à l’image du rassemblement du 1er mai –, la « Fête à Macron » a été aussi, sur ce plan, une réussite. S'il y a eu quelques tensions à l’arrivée du cortège à la place de la Bastille, les incidents ont été le fait d'individus masqués extérieurs à la manifestation : une camionnette de Radio France a été endommagée et un policier a été légèrement blessé par un jet de projectile lors de l’extraction du véhicule. « Blessé sans gravité, il a néanmoins été conduit à l’hôpital », a précisé la préfecture de police au Parisien.

Un vent de révolte souffle néanmoins sur la foule quand, Place de la Bastille, Frédéric Lordon prend la parole : « Quelle est la légitimité de ce Président ? » s’interroge-t-il, qualifiant Emmanuel Macron de « roitelet», « claquemuré dans son palais ». « Une masse s’est levée », lance-t-il, appelant les « éveillés tardifs » à rejoindre le mouvement. Et de donner rendez-vous au gouvernement : « Demain nous reviendrons, et nous serons beaucoup ! »

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