Une Palme d’or des familles

Le palmarès de la soixante et onzième édition du Festival de Cannes reflète la bonne tenue de la compétition. Malgré quelques erreurs dommageables.

Le palmarès du festival de Cannes 2018 privilégie-t-il les œuvres à message, désireuses de tenir un discours sur un sujet grave, plutôt que celles qui se distinguent par leur mise en scène ? Comme le répète en substance Thierry Frémaux, le délégué général, à chaque conférence de presse annonçant la sélection, « les films du festival donnent des nouvelles du monde » (et non pas : « des nouvelles du cinéma »). En outre, le jury, tous les ans composite, réunit des personnalités dont la cinéphilie est inégale et diverse. La focalisation sur le plus petit dénominateur commun, le contenu de la narration, plutôt que sur les formes employées pour la déployer paraît inévitable. D’où les frustrations ressenties par ceux qui tiennent le cinéma pour davantage qu’un porte-voix de causes à défendre.

Le palmarès concocté par le jury que Cate Blanchett a présidé suscite quelques-unes de ces frustrations. La première : l’absence de Leto, du Russe Kirill Serebrennikov. Une proposition originale, retrouvant l’esprit des pionniers de la scène rock en URSS, au début des années 1980, qui s’opposaient à l’héroïsation nationale obligatoire sous Brejnev. Autre oubli dommageable : Le Poirier sauvage, du Turc Nuri Bilge Ceylan. On assiste, à travers un personnage retournant dans son village natal et qui se rêve en écrivain, à une ample méditation existentielle. Toujours inscrite dans un espace sensible où affleurent les émotions et d’où peut surgir, subrepticement, la beauté.

Le cinéma français n’est pas distingué. Il l’a souvent été ces dernières années. Christophe Honoré aurait pu figurer au palmarès, avec Plaire, aimer et courir vite, qui est à ce jour son film le plus accompli. Cette autofiction qui replonge dans les années 1990, dénuée de narcissisme, tout en humour et en délicatesse, avec ses trois acteurs souverains, Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste et Denis Podalydès, est une réussite. De Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, et son intrigue autour du porno gay à Paris en 1979, aurait pu recevoir un prix de mise en scène. C’eût été une grande audace, trop grande sans doute : son esthétique ultra-stylisée osant faire coïncider le kitsch et le tragique, le trash et le romantisme ne correspond pas aux canons des récompenses cannoises.

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