Dossier : Écologie partout, écologistes nulle part

Macroniens écolos : les victimes consentantes de LREM

Convaincus qu’ils sont plus utiles au sein de la majorité qu’à l’extérieur, des députés macroniens tentent – sans grand succès – de verdir la politique gouvernementale.

Dit-on d’eux qu’ils sont des écolos « macron-compatibles » ou qu’ils sont des macroniens « écolo-compatibles » ? Aucun politologue n’a, pour l’heure, posé de diagnostic. Et pourtant l’idée se répand. Au sein du groupe La République en marche de l’Assemblée nationale, une quinzaine d’irréductibles s’évertuent à intégrer des amendements « écolos » ou à désapprouver – l’opposition frontale est encore loin – ce qui ne va pas dans le sens d’une meilleure prise en considération de l’environnement.

« C’est une idée qui doit irriguer l’ensemble de la vie politique de droite comme de gauche », assure Jean-Charles Colas-Roy (Isère), cocréateur d’une entreprise spécialisée dans le conseil en efficacité énergétique. Comme 70 de ses confrères, il est membre de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire. Rareté de cette quinzième législature, elle fut la plus demandée par les députés fraîchement élus – toutes sensibilités confondues –, avant les prestigieuses commissions des finances et des lois. Renouvellement idéologique et générationnel des élus français ? Les écologistes de LREM veulent le croire, sans cesser pour autant de battre pavillon macronien.

Ces parlementaires rejettent les partis traditionnellement défenseurs de l’environnement, jugés trop à gauche et trop idéalistes. « Tant qu’elle sera portée par des personnalités radicales, l’écologie n’avancera pas », prédit Loïc Dombreval (Alpes-Maritimes). « Nous sommes pragmatiques, faire partie d’une majorité, c’est quand même mieux que d’être dans la violence et la brutalité [sic], renchérit Bérengère Abba (Haute-Marne). Les grandes idées qui constituent l’écologie politique transcendent les courants politiques : énergie, ruralité, mobilité, économie… » Une position que partagent ses compagnons de lutte, à l’image de Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire). « Il ne faut pas rester dans une posture contestataire, c’est à l’intérieur des majorités qu’on a besoin d’écologie », argue ce proche de Nicolas Hulot, figure de proue des écolos LREM. « La politique, c’est l’art de rassembler », résume Loïc Dombreval. Leur leader, désormais président de la République, a su le faire pendant sa campagne électorale, mais semble désormais moins habité par l’idéal de préservation des ressources. En témoignent les arbitrages de l’Élysée et de Matignon sur les pesticides, la réforme du rail ou les centrales nucléaires.

Toutefois, même si les pilules sont parfois bien grosses, elles passent encore… Car ces écolos « vert Macron » se refusent à opposer économie et écologie. L’investissement et une fiscalité verte, voilà ce qui peut servir la cause. Y compris dans un monde aux ressources limitées. « Il y a une écologie de la croissance, martèle Lionel Causse (Landes), ancien du PS et spécialisé dans les questions énergétiques. En développant les gaz verts et le solaire, en protégeant la biodiversité, on crée de la richesse. »

Alors que le Président et son gouvernement se posent en ayatollahs de l’économie de marché, difficile pour ces écolos de plaider pour une juste répartition de la richesse en question (ou alors entre les actionnaires eux-mêmes ?). D’ailleurs, le demandent-ils vraiment ? Quant à une révolution des modes de vie consuméristes, ce n’est pas leur combat. « Ce ne sont pas des questions que l’on se pose quand on est à l’euro près pour boucler ses fins de mois », défend Bérengère Abba. Si elle confie, à titre personnel, s’y essayer, la priorité est de « permettre à tous les Français de mieux consommer ». Soit de relancer d’abord l’économie. « Nous pourrions cependant défendre une croissance mesurée », se risque Loïc Dombreval.

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