Macroniens écolos : les victimes consentantes de LREM

Convaincus qu’ils sont plus utiles au sein de la majorité qu’à l’extérieur, des députés macroniens tentent – sans grand succès – de verdir la politique gouvernementale.

Agathe Mercante  • 4 juillet 2018 abonné·es
Macroniens écolos : les victimes consentantes de LREM
© photo : Le député LREM Matthieu Orphelin fait un selfie avec Nicolas Hulot.JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP

Dit-on d’eux qu’ils sont des écolos « macron-compatibles » ou qu’ils sont des macroniens « écolo-compatibles » ? Aucun politologue n’a, pour l’heure, posé de diagnostic. Et pourtant l’idée se répand. Au sein du groupe La République en marche de l’Assemblée nationale, une quinzaine d’irréductibles s’évertuent à intégrer des amendements « écolos » ou à désapprouver – l’opposition frontale est encore loin – ce qui ne va pas dans le sens d’une meilleure prise en considération de l’environnement.

« C’est une idée qui doit irriguer l’ensemble de la vie politique de droite comme de gauche », assure Jean-Charles Colas-Roy (Isère), cocréateur d’une entreprise spécialisée dans le conseil en efficacité énergétique. Comme 70 de ses confrères, il est membre de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire. Rareté de cette quinzième législature, elle fut la plus demandée par les députés fraîchement élus – toutes sensibilités confondues –, avant les prestigieuses commissions des finances et des lois. Renouvellement idéologique et générationnel des élus français ? Les écologistes de LREM veulent le croire, sans cesser pour autant de battre pavillon macronien.

Ces parlementaires rejettent les partis traditionnellement défenseurs de l’environnement, jugés trop à gauche et trop idéalistes. « Tant qu’elle sera portée par des personnalités radicales, l’écologie n’avancera pas », prédit Loïc Dombreval (Alpes-Maritimes). « Nous sommes pragmatiques, faire partie d’une majorité, c’est quand même mieux que d’être dans la violence et la brutalité [sic], renchérit Bérengère Abba (Haute-Marne). Les grandes idées qui constituent l’écologie politique transcendent les courants politiques : énergie, ruralité, mobilité, économie… » Une position que partagent ses compagnons de lutte, à l’image de Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire)_. « Il ne faut pas rester dans une posture contestataire, c’est à l’intérieur des majorités qu’on a besoin d’écologie »_, argue ce proche de Nicolas Hulot, figure de proue des écolos LREM. « La politique, c’est l’art de rassembler », résume Loïc Dombreval. Leur leader, désormais président de la République, a su le faire pendant sa campagne électorale, mais semble désormais moins habité par l’idéal de préservation des ressources. En témoignent les arbitrages de l’Élysée et de Matignon sur les pesticides, la réforme du rail ou les centrales nucléaires.

Toutefois, même si les pilules sont parfois bien grosses, elles passent encore… Car ces écolos « vert Macron » se refusent à opposer économie et écologie. L’investissement et une fiscalité verte, voilà ce qui peut servir la cause. Y compris dans un monde aux ressources limitées. « Il y a une écologie de la croissance, martèle Lionel Causse (Landes), ancien du PS et spécialisé dans les questions énergétiques. En développant les gaz verts et le solaire, en protégeant la biodiversité, on crée de la richesse. »

Alors que le Président et son gouvernement se posent en ayatollahs de l’économie de marché, difficile pour ces écolos de plaider pour une juste répartition de la richesse en question (ou alors entre les actionnaires eux-mêmes ?). D’ailleurs, le demandent-ils vraiment ? Quant à une révolution des modes de vie consuméristes, ce n’est pas leur combat. « Ce ne sont pas des questions que l’on se pose quand on est à l’euro près pour boucler ses fins de mois », défend Bérengère Abba. Si elle confie, à titre personnel, s’y essayer, la priorité est de « permettre à tous les Français de mieux consommer ». Soit de relancer d’abord l’économie. « Nous pourrions cependant défendre une croissance mesurée », se risque Loïc Dombreval.

Ces députés paient cher ces nuances, perçues comme une transgression idéologique. Entre les lois sapant l’idéal humaniste qu’ils portent – asile et immigration, par exemple – et celles faisant la part belle aux industriels et à certains lobbys – agriculture et alimentation –, rien ne leur est épargné. « Ça fait trente ans que j’avale des couleuvres », constate avec philosophie Éric Alauzet (Doubs), qui a fait ses classes sur les bancs d’Europe Écologie-Les Verts avant de rejoindre LREM. Mais ils ne désarment pas. « Notre faiblesse, c’est qu’on ne partage pas assez nos visions écologiques, il faut expliquer à nos collègues pourquoi on se positionne sur cette ligne, les convaincre », affirme Lionel Causse. Issus de rangs divers (EELV, PS ou même de la droite), ils ont en commun une certitude : l’écologie n’attend pas. Pèlerins 2.0, ils s’obstinent. « C’est un travail quotidien de persuasion au sein du groupe, explique Matthieu Orphelin. Thème par thème, texte par texte, nous devons avoir une attitude de combattants. »

Sans renier en rien Emmanuel Macron, qu’ils tiennent pour un écologiste convaincu, c’est un autre leader qu’ils ont choisi de défendre contre vents et marées : le ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot. « Il est comme nous, il essaie de faire avancer l’écologie pas à pas », explique Sandrine Le Feur (Finistère). À l’extérieur, au sein des partis qu’ils qualifient de « contestataires », la bienveillance à leur égard est de mise. Chez EELV, on accorde volontiers à Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin, Éric Alauzet et les autres le statut d’écolos convaincus. Mais ce blanc-seing n’est pas décerné à tous. Un irréductible concentre toutes les critiques : le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. Ils sont unanimes : l’ancien élu écologiste ne contribue pas du tout à faire avancer l’écologie. Même au sein de LREM, les plaidoyers en sa faveur se font rares.

Le rejet de l’amendement en faveur d’une interdiction, d’ici à trois ans, du glyphosate reste dans toutes les mémoires et en travers des gorges. « Inacceptable », selon Lionel Causse. « Je ne partage pas l’avis du président du groupe, Richard Ferrand, du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, du rapporteur de la loi, Jean-Baptiste Moreau », commente Sandrine Le Feur. « La loi agriculture et alimentation a laissé des traces », ajoute Jean-Charles Colas-Roy. Passablement échaudés par le refus de la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des produits phytosanitaires, par celui de l’interdiction du glyphosate et par le maintien de l’élevage de poules en batterie (entre autres), les députés écolos LREM masquent mal leur déception. Un an après leur élection et après avoir voté toutes les lois en faveur d’une « relance de l’économie » – pour reprendre le jargon gouvernemental –, ils attendent des engagements forts en faveur de l’écologie dans les mois et années à venir.

« Maintenant, il faut qu’on accélère », prévient Jean-Charles Colas-Roy. Car déjà bruissent des rumeurs de scission. « Nous pourrions monter un groupe d’écologistes au sein de l’Assemblée nationale », envisage très sérieusement l’ancien écologiste François-Michel Lambert (Bouches-du-Rhône). Mais cette idée peine à trouver des soutiens. Chez LREM, même s’il est vert, le doigt reste toujours bien collé à la couture du pantalon…

Politique
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