Sophie Taillé-Polian : le Parti socialiste n’est pas parvenu à se reconstruire

La sénatrice du Val-de-Marne quitte le PS pour rejoindre le mouvement de Benoît Hamon, Génération.s. Elle nous explique ses raisons.

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Elle l’a pourtant aimé... Sophie Taillé-Polian, sénatrice du Val-de-Marne a annoncé mardi son départ du Parti socialiste pour Génération.s. Sans rancunes, mais sans illusions, la sénatrice veut prendre part à un mouvement « jeune » mais prometteur.

Quelles sont les raisons qui vous poussent à quitter le Parti socialiste ?

J’ai adhéré au PS en 1995, le quitter n'est donc pas une décision que j’ai prise de gaité de cœur. Mais dans la situation actuelle, plus d’un an après les défaites électorales, le PS n’a pas démontré sa capacité à être le ferment d‘une reconstruction de la gauche. Or pour se faire, il faut une logique de renouvellement, de régénération que je ne retrouve plus au sein de la famille socialiste. Le bilan que je tire de ces vingt années est qu’on a fait des choses formidables. Seulement, nous sommes incapables de tirer le bilan de nos actions aux différents gouvernements : 2002 et 2017. Depuis la défaite, le PS se débat dans cette incapacité d’assurer un bilan serein mais honnête de son action. Sans ce bilan on ne peut pas reconstruire quelque chose de solide. Quand Olivier Faure a été élu, en mars 2018, j’ai un peu repris espoir, mais huit mois se sont écoulés… et rien ne s’est passé. Je quitte le PS mais souhaite cependant rester dans le groupe Socialistes et Républicains au Sénat, qui travaille très bien, quelles que soient nos opinions.

Quels éléments auraient, selon vous, dû être abordés dans cet inventaire ?

Le PS a toujours été un parti de courants. Nous discutions souvent et ces débats, même animés, étaient constructifs et nous apportaient des débouchés constructifs. Aujourd’hui il n’est plus possible d’échanger sereinement, ce n’est pas une histoire de personnes, mais des sujets comme le rapport au travail, l’action des gouvernements Ayrault et Valls sur l’Europe, les engagements pris avec les entreprises sans contrepartie ne sont plus abordés. Il n’est plus possible de débattre sereinement. Le PS n’est pas capable d’analyser les causes de sa défaite, d’admettre qu’on est arrivés au bout de l’orientation sociale-libérale. Durant le quinquennat, la politique menée par François Hollande a divisé la gauche et l’a discréditée. L’erreur aussi, à mon sens, se trouve dans la stratégie de reconstruction. La direction a choisi de reconstruire le PS avant d’aller s’adresser aux autres groupes de gauche. Il ne faut pas attendre d’être redevenu fort pour relancer les discussions, sinon on s’isole et c’est ce qui s’est passé. Le Parti socialiste n’est pas parvenu à s’ouvrir à la société civile. On rate aussi ce qui est en train de se passer en se refermant sur soi même.

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Génération.s, le mouvement monté par Benoît Hamon en 2017 ?

J’ai l’envie de mettre mon énergie au service d’un projet positif, de travailler à de nouvelles propositions, d’élaborer des pratiques nouvelles. Et Génération.s me semble le lieu tout indiqué pour ça. La place prédominante accordée à l’écologie est aussi l’un des sujets qui m’a décidé. Pas question de parler de « rose de vert » ou de « vert de rose », Génération.s est rose et vert ! Il faut faire en sorte que ces dimensions s'interpénètrent. L’année qui s’annonce est un défi pour le jeune mouvement, il est impensable qu’une gauche pro-européenne qui fait des propositions soit absente des candidatures. Je veux participer à cette gauche qui propose aux Françaises et aux Français une option qui soit écolo, pro-européenne, sociale. Le Parti socialiste n’est pas en mesure de le faire.

Quel place occuperez-vous au sein du mouvement ?

De par ma fonction de sénatrice, j’ai une bonne connaissance de ce qu’il va se passer au niveau des collectivités pour les élections municipales. Génération.s a désigné un certain nombre de personnes qui sont d’ores et déjà en responsabilité, il n’est donc pas question de prendre la tête d’une quelconque unité au sein du mouvement. Je participerais, à hauteur de ce que souhaitera m’accorder la direction, à préparer les élections de 2020. J’ai aussi envie de m’investir sur les sujets nationaux : politique fiscale, enjeux de redressement économique. Il faudra aussi défendre les idées du mouvement. L’analyse, très juste selon moi, que l’automatisation de certains emplois nécessite de repenser le travail mérite d’être précisée auprès du grand public et au sein du Parlement.

Vous étiez déjà très investie dans la campagne de Benoît Hamon...

Je constate que toutes les propositions abordées par Benoît Hamon en 2016 et 2017 ont émergé dans le débat public. Les militants de Génération.s sont passionnés, exigeants aussi. C’est plus facile pour un parti de parler d’horizontalité et de la mettre en pratique. Au sein du mouvement de Benoît Hamon on s’y essaie réellement. Mais pas à pas, avec humilité, dans un vrai souci de construction d’un mouvement solide. Ce n’est pas évident mais c’est un gage de réussite.

Comment faire en sorte que ce mouvement, encore peu connu, prenne de l’ampleur ?

Plus de 20 000 militants ont participé au vote interne sur les statuts au mois de juin. Sur le terrain, nous allons tout mettre en œuvre pour qu'ils soient plus visibles. Nous ne sommes qu’un petit mouvement mais nous allons tout faire pour nous rendre incontournables par notre contenance, par notre sincérité. Nous verrons qui, dans l’espace politique, prend véritablement en considération le débat public. Le mouvement est jeune mais il porte beaucoup d’espoirs.


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