Clip gouvernemental pour les européennes : une confiscation du débat démocratique

TRIBUNE. Pour Benjamin Lucas, Sandra Laugier, Roxane Lundy et Delphine Damis-Fricourt, diriger un pays oblige à ne pas tout confondre, à ne pas s’approprier les moyens de communication publics et officiels.

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Il n’y a donc aucune limite à l’indécence de ce pouvoir. En faisant campagne avec les moyens de l’État au mépris de l’éthique la plus élémentaire et des règles qui régissent le financement des campagnes électorales, La République en marche (LREM) donne une nouvelle preuve de sa volonté d’accaparement de l’État au profit du clan Macron.

Avoir gagné au second tour de l’élection présidentielle grâce aux suffrages de millions de Françaises et de Français qui voulaient faire barrage à l’extrême droite ne donne pas tous les droits. Bien au contraire, cela confère des devoirs : être exemplaire dans la pratique du pouvoir et respecter la séparation entre les campagnes partisanes et la conduite des affaires de l’État en font partie.

Diriger un pays oblige à ne pas tout confondre, à ne pas s’approprier les moyens de communication publics et officiels. Pour être à la hauteur des fonctions les plus prestigieuses de la République, il faut respecter les règles de la démocratie et en garantir le bon fonctionnement. Une nouvelle fois, ce pouvoir échoue et bafoue ces grands principes sans aucune forme d’inhibition ni de gêne. Le nouveau monde d’Emmanuel Macron n’est en réalité rien de plus qu’une pâle copie de l’ancien monde de l’ORTF ou, plus récemment, du sarkozysme.

Au-delà de la grossièreté de l’opération, la conception et la diffusion de ce clip de campagne révèlent la nature du piège dans lequel La République en marche veut enfermer la campagne des élections européennes. Le parti majoritaire voudrait confisquer ce grand rendez-vous démocratique et politique. D’abord sur la forme avec une campagne d’État visant à écraser le débat ; ensuite, et c’est sans doute tout aussi grave, en faisant croire qu’Emmanuel Macron serait le rempart aux nationalistes et aux fascistes.

Comment trouver cette posture crédible quand la France détourne le regard de l’Aquarius, qu’elle cède à l’agenda de Salvini ou aligne sa politique migratoire sur les poncifs brutaux et indignes de l’extrême droite ? Contrairement à ce que prétend ce clip mensonger, il ne s’agit pas de choisir entre « subir » ou « maîtriser » l’immigration mais entre accueillir avec dignité ou réprimer avec brutalité les exilés. Reprendre le vocabulaire de l’extrême droite n’a jamais aidé à la combattre. Au contraire, cela fragilise encore la digue qui nous en protège.

Avec Génération.s, nous voulons faire de cette campagne le rendez-vous des citoyennes et des citoyens qui ont soif de démocratie et de changements en Europe. Il s’agit du seul moyen de submerger le pouvoir de l’argent et la machine de guerre électorale que LREM veut constituer pour étouffer le débat démocratique. Nous voulons qu’une véritable alternative humaniste, écologiste et européenne se dessine, loin des caricatures confortables qu’installent les libéraux et les nationalistes. Ils veulent une compétition qui verrait s’affronter deux finalistes auto-proclamés et qui se seraient choisis mutuellement. Nous allons imposer de nouveaux acteurs dans ce scénario qu'ils pensent écrit d'avance : les citoyennes et citoyens, qui aspirent à une nouvelle politique, réellement progressiste et résolument européenne.

Aucune des manœuvres en cours ne peut nous effrayer car elles ne traduisent que la peur qu’a ce pouvoir de voir se réveiller les citoyens soucieux de préserver la planète, de résister aux dérives les plus infâmes, de reprendre leur destinée en mains, de faire respirer la démocratie. C’est ce réveil que nous entendons incarner dans la bataille qui s’annonce pour l’Europe et son avenir.


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