L'Europe ne sera forte que si elle est juste

Tribune. Guillaume Balas, Éric Pliez et Laura Slimani font des propositions pour une véritable politique européenne contre la pauvreté.

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À moins de six mois des élections européennes, nous voulons vous parler de celles et ceux dont on ne vous parle pas dans une Europe où la performance individuelle et la richesse ostentatoire sont valorisées à l’extrême. Ils et elles sont pourtant 120 millions à vivre sous le seuil de pauvreté en Europe, deux fois la population de toute l’Italie. Alors que la commission Juncker avait fixé pour objectif de réduire de 20 millions le nombre de personnes en risque de pauvreté ou d’exclusion d’ici à 2020, c’est l’inverse qui se produit : il y a de plus en plus de personnes pauvres sur le continent le plus riche du monde.

Qui sont-ils et elles ? On les voit dans les soupes populaires ou sur les fins de marché, ils n’ont pas de quoi se chauffer l’hiver, peuvent se faire expulser de leur logement du jour au lendemain faute de pouvoir payer leur loyer. Elles élèvent seules leurs enfants et multiplient les temps partiels pour pouvoir joindre les deux bouts. On les croise dans les rues ou les métros des capitales. Celles et ceux qui n’ont pas les bons papiers sont soit cachés soit traqués. Ils sont inquiétants, ces pauvres : et si demain c’était moi ? Alors on les rejette, mettant leur situation sur le compte de la responsabilité personnelle.

Les systèmes sociaux réduisent de moins en moins la pauvreté dans les pays européens

Pourtant, la subsistance d’une telle pauvreté sur notre continent ne peut relever que d’une responsabilité collective, et disons-le, de la répartition des richesses. Quand il y a trois fois plus de logements vides que de SDF en Europe, que les 1 % des Européen.ne.s les plus riches détiennent près d'un tiers des richesses du continent, alors que les 40 % inférieurs de la population se partagent moins de 1 % des richesses nettes totales de l'Europe, il est évident que la réponse réside dans un meilleur partage de la prospérité qui existe bel et bien sur notre continent. C’est une question de choix politique.

Or les chiffres récents tendent à démontrer que les systèmes sociaux réduisent de moins en moins la pauvreté dans les pays européens, en conséquence de politiques d’austérité qui ont poussé les Etats à réduire fortement leurs dépenses sociales. Le résultat ? Dans près de la moitié des pays européens la grande pauvreté s’est aggravée entre 2010 et 2016, le nombre de sans-abri augmente dans la quasi-totalité des pays de l’UE.

Bref, en Europe on a décidé de faire peser la réduction des dépenses publiques sur les plus pauvres et les plus fragiles. Qui a fait ce choix ? Certainement pas les citoyennes et citoyens européens. C’est le choix des marchés financiers, celui des intérêts privés, celui des néolibéraux majoritaires à la Commission européenne. C’est le choix de nos gouvernants qui, en s’appuyant sur la règle européenne des 3%, baissent les APL ou gèlent les prestations sociales, tout en supprimant l’ISF payé par les plus riches.

Un revenu universel européen

Notre ambition, c’est de pouvoir faire d’autres choix politiques pour permettre à la solidarité d’exister réellement entre citoyen.ne.s européen.ne.s.

Pour mettre fin à la pauvreté en Europe, nous proposons aux États membres de mettre en place la Jobs Guarantee qui permettra aux autorités locales d'employer des millions de personnes dans des emplois utiles et à forte utilité sociale, à l’instar du programme territoires zéro chômeur en France. Pour répondre sur le long terme à la persistance du chômage et à la massification de la précarité dans l’emploi nous avons aussi l’ambition de lancer l’expérimentation d’un revenu universel européen afin d’apporter liberté et dignité à tous les Européens, quel que soit leur statut professionnel.

Alors qu’il est de plus en plus difficile de se loger décemment dans toutes les grandes villes européennes, réquisition des logements vides et encadrement des loyers sont aussi des mesures qui peuvent être mises en place au niveau européen si l’on s’en donne les moyens.

Nous demandons une politique de l’accueil digne

Nous voulons utiliser les financements européens pour lutter contre la pauvreté : augmentation massive du Fonds européen d’aide aux plus démunis, rénovation des logements inadéquats, aide financière aux communes qui développent l’économie du partage et investissent dans les services publics de proximité, financement des petites associations de terrain qui agissent au quotidien auprès des plus précaires mais ne peuvent bénéficier de fonds européens car leur gestion est trop lourde.

Enfin, nous demandons une politique de l’accueil digne qui ne plonge pas les demandeurs d’asile dans la marginalité et l’errance comme c’est aujourd’hui le cas notamment à cause du règlement de Dublin. Au contraire, nous souhaitons apporter un soutien financier accru aux collectivités locales qui se battent pour garantir l’accueil et les droits fondamentaux des migrant.e.s. L’hospitalité et l’accueil des migrants figureront parmi nos engagements prioritaires des prochains mois.

L’Europe sera forte si elle est ouverte aux autres, si elle met en place les boucliers sociaux qui protègent les plus vulnérables, si elle fait en sorte que la mondialisation et la numérisation cessent d’être générateurs d’exclusion, si elle sait mettre en œuvre un nouveau contrat social qui garantisse une place à chacun.e. L’Europe sera forte si elle est plus juste et plus fraternelle.


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