Israël : une campagne violemment anti-arabe

Le 9 avril, les Israéliens éliront leurs députés. Menacé dans les sondages, Netanyahou ne recule devant aucune bassesse.

B ibi vs Tibi », le mantra répété plusieurs fois par Benyamin Netanyahou pendant la campagne électorale a le mérite d’être clair. Bibi est le surnom du Premier ministre israélien, Ahmed Tibi est le député arabe israélien à la tête du parti Ta’al. Le slogan doit donc se comprendre comme : « Si vous ne votez pas pour moi, un Arabe deviendra Premier ministre. » Ce scénario invraisemblable de Netanyahou choque parfois, mais n’étonne assurément pas. Depuis le début de la campagne électorale, plusieurs candidats multiplient les petites phrases scandaleuses, quand elles ne sont pas clairement racistes, à l’encontre de la minorité arabe d’Israël.

À Haïfa, juifs et Arabes se croisent mais ne se mélangent pas. Souvent présentée comme la ville de la « cohabitation », la troisième ville d’Israël témoigne d’une réalité légèrement différente. Dans la vie quotidienne, chacun a ses quartiers, ses cafés et ses lieux de villégiature. Ceux qui font la démarche de se mélanger sont minoritaires. « Là où je sors, la majorité des clients sont palestiniens », explique Assaf Smair, un keffieh rouge autour du cou. Dans cette rue branchée de Haïfa, la majorité des cafés sont fréquentés et tenus par des Arabes israéliens, tel Assaf. Étudiant en arts à l’université de Haïfa, il explique que le 9 avril, comme à peu près 40 % des électeurs arabes, il boycottera le scrutin. « Voter, c’est faire le jeu de l’occupation. Israël nous laisse participer pour donner l’apparence d’une démocratie, mais dans les faits nous ne sommes pas les bienvenus », explique celui qui incarne une jeunesse palestino-israélienne éduquée, parfaitement bilingue en hébreu et en arabe, mais qui refuse d’avoir affaire aux institutions israéliennes. Quant aux partis arabes, il les met tous dans le même sac. « Nos députés ne servent à rien, si nous voulons agir, il faut le faire en dehors du Parlement. »

Représentant 15 % de l’électorat, les Arabes israéliens sont pourtant une force à même d’influer sur le scrutin. Pour réduire cette influence, la majorité des candidats juifs israéliens ont d’ores et déjà annoncé leur refus de s’allier avec les partis arabes, qui, en 2015, avaient recueilli 13 sièges à la Knesset (1), devenant ainsi la troisième force politique du Parlement. Cette année, les sondages prédisent aux formations Balad, Ta’al, Hadash et Ra’am, les mêmes qu’il y a cinq ans, un maximum de 11 sièges. Réunis sur une liste commune en 2015, ils se présentent cette fois divisés entre deux coalitions. Selon Arik Rudnitzky, chercheur au Centre Moshe-Dayan sur le Moyen-Orient et l’Afrique, à Tel-Aviv, « la séparation des partis est due à d’importants désaccords internes qui ont laissé la population sans illusions ». Hadash et Ta’al font campagne ensemble, face à l’alliance Balad et Ra’am. « Tout cela n’est que pure considération politique », juge le chercheur. Car, sur le papier, les alliés n’ont pas grand-chose en commun : « Ra’am est un parti islamiste, tandis que Balad est progressiste. » Quant à Hadash et Ta’al, leurs électorats sont diamétralement opposés, mais leurs dirigeants, Ayman Odeh et Ahmed Tibi, partagent une vision commune de leur rôle politique : ne pas boycotter la Knesset, car l’assemblée parlementaire constitue pour eux le seul endroit où, selon les mots d’Ahmed Tibi, juifs et Arabes sont « à égalité en termes de droits ». Un lieu, donc, où la voix des Arabes israéliens est susceptible d’être entendue.

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