Quelles solutions contre les inégalités en Europe ?

Tribune. Sans accords de transferts, ni équité fiscale, l’Union monétaire en Europe ne fera qu’accentuer les inégalités, selon Lamine Traoré, consultant pour le groupe Square.

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L’Union monétaire était censée permettre une meilleure régulation du marché commun. Or vingt ans après sa création, l’euro est devenu une vraie menace et un vecteur d’inégalités dans la zone euro. Cependant des solutions existent pour sortir de cette spirale d’inégalités afin de faire de l’Euro un contre-pouvoir économique vis-à-vis des USA et de la Chine. Les prochaines élections européennes seront l’occasion de trouver des relais politiques afin de proposer ces solutions.

L’objectif historique de l’euro était de renforcer la compétitivité des entreprises en éliminant les coûts de change dans les opérations transfrontalières.

En pratique, cela favorisa les pays du Nord tout en contribuant à la désindustrialisation du Sud. De plus, le Marché commun a provoqué l’exportation de capitaux et la délocalisation de mains-d’œuvre hors zone euro (Bulgarie, Pologne...), favorisées par les écarts de coûts de production. En 2017, le coût horaire de la main-d’œuvre était de 39,6 euros en Belgique contre 4,9 euros en Bulgarie.

A l’arrivée, nous constatons une concentration des richesses autour du cœur industriel. Depuis 2008, le nombre de chômeurs a augmenté d’environ 1,3 millions en Espagne et en Italie, alors qu’il a baissé de 1,5 million en Allemagne, selon l’Eurostat.

Des écarts de performances entre Nord et Sud

Rappelons qu’à la création de l’euro, ce point avait déjà été soulevé par plusieurs économistes. Ils préconisaient une politique de convergence économique suivie d’une monnaie commune.

Un modèle calibré pour les pays les plus compétitifs fut aveuglement appliqué à tous, indépendamment des différences structurelles entre pays (économies, démographies, fiscalités, politiques…).

Une analogie peut être réalisée avec la constitution d’un groupe de coureurs composé d’athlètes et de non-sportifs auxquels il est imposé d’aller à la vitesse du plus rapide. La course en équipe n’aboutira que si les plus rapides adaptent leur vitesse à celle des moins rapides afin de trouver un juste milieu.

La crise de l’euro a mis en lumière les écarts de performance entre les pays du Sud et ceux du Nord en matière de dette nationale. Selon le dernier l’Eurostat, depuis 2010, la dette sur PIB des pays du Sud a augmenté comme l’Espagne (+38%), Grèce et Portugal (+30%). A l’inverse, les pays du Nord se sont plutôt désendettés comme L’Irlande (-18%), l’Allemagne (-17%) et les Pays-Bas (-3%).

Une institution de politiques fiscales communes

Une autre cause importante des inégalités est la fiscalité des sociétés. Cet impôt est devenu un élément de concurrence entre Etats afin d’attirer des investisseurs étrangers. Ainsi, il existe une forte disparité des taux d’impositions : de 15 % en Bulgarie ou Irlande à 30 % en France ou en Belgique (cf. la fiscalité dans l’UE).

La solution à l’inégalité croissante entre les entreprises passe par l’institution de politiques fiscales communes.

Les impôts sur les grandes sociétés doivent réellement respecter le principe de répartition d’imposition entre états au prorata des bénéfices réalisés dans chaque état lors ventes des biens et services. Les taux et bases d’imposition devraient être uniformisés afin d’éviter la concurrence fiscale.

L’absence de véritable politique de transferts dans la zone euro

Il est nécessaire que les pays à forte croissance soutiennent ceux qui connaissent un déficit afin de réduire les divergences. En d’autres termes, les excédents commerciaux des uns doivent compenser les déficits commerciaux des autres. Or il n’y a pas de véritable politique de transfert entre pays de la Zone Euro (cf. cet article de P. Artus).

Trois types de transferts sont nécessaires :

  • Le transfert financier permettant d’intégrer les excédents allemands dans les déficits portugais, italiens,…

  • Le transfert des mains-d’œuvre des zones à fort chômage vers des zones de plein emploi.

  • Le transfert des entreprises des industries des zones industriellement fortes vers les zones moins fortes comme par exemple d’Allemagne vers l’Italie ou l’Espagne.

Sans accords de transferts, ni équité fiscale, l’Union monétaire ne fera qu’accentuer les inégalités en Europe.

La vraie question est de savoir si les Etats membres profiteront des prochaines élections européennes pour porter des politiques économiques allant dans le sens de ces solutions.


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