« Haut perchés » : Musique de chambre

Dans Haut perchés, Olivier Ducastel et Jacques Martineau réunissent cinq personnages souffrant de leur amour pour un même homme. Un film dans un appartement à grand spectacle.

Réunis avec Veronika, Nathan et Lawrence, Marius et Louis ne se connaissent pas – pas plus que les autres –, ne se draguent pas, et pourtant le premier esquisse un baiser vers le second. En tout début de film, ce geste presque imperceptible pose un lien, une parenté. Geoffrey Couët et François Nambot, qui endossent les rôles de Marius et Louis dans Haut perchés, étaient aussi les interprètes des deux héros, ceux-là très amoureux, du film précédent d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Théo et Hugo dans le même bateau (2016).

Les cinéastes n’ont pas eu recours à des personnages récurrents – ce qui signifierait des contraintes scénaristiques plus lourdes. Mais ils vont au-delà du fait de reprendre les mêmes comédiens. Avec ce baiser esquissé, ils inscrivent dans la fiction un signe discret de continuation. Comme un désir de reconnaissance du fait qu’un film constitue plus qu’un objet en soi : une trace dans un parcours artistique.

Cette façon d’envisager une œuvre est de moins en moins courante. Parce que, côté réalisateurs, faire aboutir un projet est un tel chemin de croix que chaque film devient exceptionnel. Et, côté spectateurs, les films sont vus de manière segmentée, rarement remis en perspective, sinon au gré de (rares) rétrospectives. C’est pourtant la meilleure façon de percevoir une cohérence, des évolutions, d’éventuelles redites ou de grandes audaces.

On ne se livrera pas ici à l’éloge de la pauvreté dans le financement de la création. En revanche, on peut constater que certains trouvent plus de ressources d’adaptation de leur esthétique à des budgets modestes. Si Olivier Ducastel et Jacques Martineau nous ont éblouis à leurs débuts, notamment avec Jeanne et le garçon formidable (1998), ils se montrent sacrément inventifs depuis Théo et Hugo…, alors que les moyens manquent. Avec, toujours, l’expression d’une soif d’émancipation et l’affirmation si possible joyeuse, malgré les obstacles, d’identités minoritaires, en particulier l’homosexualité. Et, s’accordant à cela, une originalité formelle particulièrement intense dans ce nouveau film.

Mais posons la situation. Cinq personnages, donc, Veronika (Manika Auxire), Nathan (Simon Frenay), Lawrence (Lawrence Valin), Marius et Louis se retrouvent dans l’appartement de ce dernier autour d’un dénominateur commun : ils ont tous vécu un amour avec le même homme, et de cet amour, tous ont souffert. Le bourreau des cœurs n’est pas visible. Il semble qu’il soit reclus dans une pièce attenante où chacun entre l’un après l’autre et en ressort sans que l’on sache ce qui s’y passe. Mais cette soirée est aussi organisée pour que les cinq racontent à tour de rôle ce qu’ils ont subi au contact de cet être qu’ils disent pervers, la nuit passée ensemble ayant valeur de catharsis.

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