Protection refusée à Pierre Serne, élu menacé par l’ultra-droite

Conseiller régional d’Île-de-France, Pierre Serne est depuis janvier 2018 la cible de menaces de plusieurs groupuscules. La droite régionale refuse de lui accorder la protection à laquelle il prétend.

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Menaces de mort, cyberharcèlement… Depuis bientôt deux ans, le conseiller régional d’Île-de-France Pierre Serne fait l’objet d’attaques de la part de réseaux armés de la fachosphère. Ciblé parce qu’homosexuel et défendant les droits des sans-papiers, le porte-parole de Génération·s venait en janvier 2018 d’obtenir gain de cause devant le tribunal administratif de Paris, après son recours contre la décision de la présidente de la région Valérie Pécresse de supprimer l’aide aux transports pour les étrangers en situation irrégulière.

© Politis

« À partir de là, j’ai été directement ciblé par des groupes d’ultra-droite, notamment un, Réseau libre, qui m’a menacé de façon extrêmement violente, avec des menaces physiques », explique l’élu. Le groupuscule, notamment composés de nostalgiques de l’OAS, l’avait violemment attaqué dans une tribune homophobe et xénophobe intitulé : « Z’êtes clando ? 75 % de réduction ! »

Le 26 avril 2018, Pierre Serne déposait une plainte avec constitution de partie civile pour « injure publique en raison de l’orientation sexuelle » et « provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination à raison de l’orientation sexuelle ». Les investigations menées d’août à octobre 2018 n'ont pas permis d’identifier les directeurs de publication de Réseau libre : hébergé en Russie, le serveur du site ne permettait la communication des données de connexion aux autorités françaises.

« J'ai été la cible d'appels au meurtre »

En avril 2019, Mediapart faisait la lumière sur le site Réseau libre, dont certains membres de l’époque font toujours partie des 350 militants de l’ultra-droite en France en possession d’armes à feu, qui, à l’image du terroriste de Christchurch (Nouvelle-Zélande) en mars 2019, ont cherché à perpétrer des attentats visant la communauté musulmane.

« Après la publication de Mediapart, les charges se sont intensifiées, j’ai été la cible d’appels au meurtre, d’appels à m’éliminer. Le site qui hébergeait le réseau a fermé, mais il a été repris par un autre serveur anonyme », témoigne Pierre Serne. Également harcelé sur Twitter, le conseiller régional a réussi à supprimer l’essentiel des comptes qui le défiaient, « à l’exception des serveurs qui dépendent entièrement de la Russie ».

Depuis, l’enquête a repris. « Le dossier est suivi par le parquet de Bobigny. Il y a maintenant une commission rogatoire en cours, mais également une procédure sous l’angle antiterroriste, sur laquelle nous avons peu d’informations. » Lors d’un vote effectué durant la dernière séance plénière du conseil régional, la droite régionale a refusé d’accorder la protection fonctionnelle à l’élu menacé de mort. Dans cette affaire, les services de la région Île-de-France, prenant pour appui les récentes responsabilités nationales de l’élu, avaient préalablement conclu à l’illégalité de la protection fonctionnelle. C’est donc l’absence présumée de lien entre ces attaques et la fonction de conseiller régional de Pierre Serne qui motivera les groupes LR, UDI, Modem et RN dans leur choix de ne pas accorder de protection à l’élu. La présidente de la région, Valérie Pécresse, se l’était pourtant accordée quatre fois à elle-même ces derniers temps, s’estimant menacée dans des affaires relatives à des cas de diffamation.

Recours devant le tribunal administratif

Pour Pierre Serne, si la droite s’entête à lui refuser cette protection, qui lui reviendrait pourtant de droit, c’est avant tout car « Valérie Pécresse ne digère pas d’avoir perdu sur cette affaire. Elle a manifestement beaucoup de mal à séparer son orgueil de la politique. » Pour court-circuiter cette décision, le conseiller régional a porté un recours devant le tribunal administratif. Son référé suspension sera audiencé le 8 août. En attendant, Pierre Serne préfère souligner la complaisance coupable des élus de la droite régionale à l’égard des groupuscules d’extrême droite : « En me refusant la protection fonctionnelle, c’est aussi un signal qui est donné aux personnes qui me visent, en leur disant, regardez, on considère que c’est son problème, nous n’avons pas à le protéger. »


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