L’écologie n’est pas un choix de vie

Le groupe local parisien de Youth for Climate, le mouvement des jeunes en grève pour l'écologie, réagit aux déclarations d'Emmanuel Macron faites lors de son déplacement au sommet de l'ONU.

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Nous connaissions déjà les prophéties grandioses annonçant la chute prochaine du capitalisme (1) ainsi que les promesses de bonne conduite dignes d’un enfant turbulent à l’approche de Noël (2). Mais cette fois-ci, notre cher président Emmanuel Macron s’est surpassé. À bord de l’avion présidentiel, en route vers le sommet spécial « Action climat » de l’ONU, celui-ci a déclaré sans censure ce qu’il pensait des mobilisations écologistes de ces derniers mois. Rappelons que ce sommet avait été convoqué par Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, après le énième échec cuisant de la COP 24, pariant une fois de plus sur le bon vouloir des dirigeants, dans l’espoir qu’au moins une partie d’entre eux finiraient enfin par fixer eux-mêmes des contraintes sur leurs propres économies nationales.

De quel œil notre président perçoit-il donc les grèves scolaires pour l’écologie ? Il en a besoin, assure-t-il tout d’abord, car la pression mise par la jeunesse l’aiderait à mener à bien son propre projet écologique. Une tentative de récupération bien maladroite d’un mouvement jeune qui a toujours affirmé avec la plus grande fermeté l’incompatibilité absolue de la politique du gouvernement (et en particulier sa politique économique) avec une réelle avancée en matière d’écologie, et qui assure ne plus rien attendre du pouvoir en place.

Mais, très vite, coup de théâtre : Macron retourne la situation avec brio ; les écologistes devraient selon lui cesser les critiques envers l’inaction de l’État, parce que Jacques Chirac faisait déjà mine de s’indigner de la catastrophe écologique en son temps. (Bien entendu, Jacques Chirac est connu d’entre tous pour ses grandes avancées politiques en matière d’écologie, et pour sa fine compréhension du discours écologiste.) Mais les belles paroles ne marchent plus : plus que quiconque, Macron a encore besoin d’une bonne leçon d’écologie.

Responsabilisation individuelle ?

Le comble du cynisme est atteint lorsque le président déclare que les jeunes écologistes, au lieu de dénoncer le système économique qui cause le désastre écologique et social actuel, devraient agir en allant nettoyer eux-mêmes « les rivières ou les plages corses ». Comprendre : qu’ils réparent gratuitement les dégâts provoqués par le capitalisme (par exemple, l’ancien système de consigne a été démantelé au milieu de XXe siècle par les industriels eux-mêmes pour générer plus de profits, mais aussi beaucoup plus de déchets), et qu’ils acceptent avec le sourire de porter la culpabilité de la catastrophe. Encore une fois, l’écologie se résume à une responsabilisation individuelle, au bon vouloir de chacun, comme s’il s’agissait d’un simple choix de vie.

Pour terminer avec panache, Macron rejette la faute sur les pays plus pauvres de l’Union Européenne, en particulier sur la Pologne, grande coupable d’après lui de l’inaction des institutions. Pourtant, la Pologne n’a pas aujourd’hui un impact écologique plus important que la France, les deux consommant l’équivalent d’environ 2,7 planètes par an. En outre, une vague connaissance du fonctionnement officieux de l’UE suffit pour savoir que la France et l’Allemagne ne s’inquiètent guère de l’avis de certains pays comme la Pologne pour pouvoir prendre les décisions qu’elles souhaitent.

Mis à part son titre non mérité de « champion de la terre », rien n’indique quel le président français soit un moteur de la transition écologique à l’international : vote du Ceta, investissements colossaux de Total et des grandes banques françaises dans des projets d’extraction d’énergies fossiles, retard de plus en plus grand par rapport aux objectifs des accords de Paris, etc. Enfin, on comprend mal pourquoi quelques voisins européens empêcheraient Macron de mener une politique ambitieuse sur son propre territoire.

Finalement, ces dernières déclarations du président montrent à quel point sa stratégie de communication en matière d’écologie est de plus en plus pitoyable, et ne convaincra vraisemblablement pas grand monde. Nous n’irons pas, comme il le préconise, manifester en Pologne. Continuons plutôt à intensifier notre critique de l’État, poursuivons nos mobilisations et la convergence avec les luttes sociales, montons en radicalité pour engager un nouveau rapport de force face à un gouvernement insolent et menteur.


(1) « Le capitalisme ultra-libéral et financier (...) va vers sa fin », discours de vœux aux français, janvier 2019.

(2) « Le mouvement de la jeunesse (...) m’a fait réfléchir. (...) J’ai changé, très profondément. », sur Konbini à la veille du G7, août 2019.


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