« Député-e-s LREM, vous trahissez toute une génération que vous prétendiez incarner »

Dans cette lettre ouverte, Benjamin Lucas, porte-parole de Génération.s interpelle les députés LREM de sa génération.

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Mesdames, messieurs les député-e-s,

Je m’adresse à celles et ceux d’entre-vous qui, comme moi, sont nés à la politique avec l’image du 21 avril 2002, avec le rejet de ce qu’incarnait le quinquennat Sarkozy, et, en même temps ou après, avec la prise de conscience écologique.

Le 21 avril 2002, nous étions trop jeunes pour voter mais nous pouvions comprendre ce qu’il se jouait, le caractère hors-norme de la présence de l’extrême droite au second tour de l’élection majeure dans notre République, la présidentielle.

Le quinquennat Sarkozy a été pour plusieurs d’entre-vous, comme pour moi, le déclencheur d’un engagement contre les injustices et la brutalité du libéralisme autoritaire. Il a été, aussi, le moment d’un refus de voir se banaliser les idées et les thèmes de l’extrême droite, repris par le pouvoir. Nous nous sommes émus ensemble du discours abject de Grenoble, du débat indigne sur « identité nationale et immigration » qui n’a été qu’un porte-voix pour racistes et xénophobes de toute sorte.

La prise de conscience écologique, plus tardive pour certains, mais bien réelle, c’est le moment où nous avons compris qu’il se jouait quelque chose de bien plus grave pour notre génération que pour les précédentes et que notre combat politique devrait se tourner vers la sauvegarde de l’humanité et de la planète. Cela aurait du nous permettre, je le croyais, de revisiter notre sens des priorités.

Au delà des désaccords économiques et sociaux qui fondent les clivages politiques, j’ai cru que sur ces sujets vous auriez un réflexe, celui d’une génération qui regarde son rendez-vous avec l’Histoire et fait, en conséquence, des choix qui la démarquent des autres.

J’ai cru que votre refus de l’extrême droite et de ses thèses vous conduirait à incarner politiquement, culturellement, intellectuellement le barrage électoral que nous avons été des millions à faire en votant pour votre candidat au second tour de l’élection présidentielle. J’ai cru que toutes ces mobilisations partagées, ce même refus de l’extrémisme et de la haine nous conduiraient à partager une certaine idée de la République et de la démocratie à défaut de partager une même conception de la société.

J’ai cru que face à l’urgence écologique, face au péril climatique qui met notre génération et les suivantes en sursis, vous bouleverseriez l’agenda politique du pays. J’ai cru que vous auriez à coeur de poser dans le débat public les vrais enjeux de notre époque.

Après un an de mobilisation des gilets jaunes, vous pouviez vous saisir des sujets qui traversent notre société, apporter des réponses aux urgences du présent et aux défis du futur. Pour notre génération, les urgences sont nombreuses, le chômage, la précarité, les études, notre aspiration à l’autonomie et à la liberté qu’elle permet d’acquérir. Et les défis du futur sont colossaux, quel rapport aurons-nous au travail à l’ère des robots, des plateformes et de l’ubérisation ? Quelle protection sociale pour demain ? Quelle planète, quel air respirer ? Pourrons-nous, en confiance, transmettre le flambeau à une prochaine génération ?

Nous ne serions d’accord sur aucune réponse sans doute. C’est le débat démocratique. Vous voulez incarner une droite au visage nouveau, je pense, nous pensons que la gauche et l’écologie sont la nouveauté qui peut transformer la société. Mais nous aurions pu avancer à visage découvert et être utiles à ceux qui attendent de nous des solutions politiques aux difficultés de leur quotidien et pour leur avenir.

Aujourd’hui, en cautionnant et en revendiquant le débat parlementaire sur l’immigration qui s’est organisé à l’initiative du Président de la République, vous ne faites pas seulement diversion face aux vrais problèmes du pays, vous cédez devant l’offensive menée depuis des années par l’extrême droite et légitimez ses thèses. Votre silence après les attaques contre l’Aide médicale d’Etat, vos absences de réaction quand des membres du gouvernement ont sérieusement dérapé sur ces sujets, parlant de « benchmarking » de l’asile, vos votes sur la loi Collomb, la plus brutale et la plus répressive depuis des décennies, signent votre défaite morale autant que votre lâcheté.

Vous avez fait le choix de la facilité, de la soumission à l’agenda politique et médiatique fixé par l’extrême droite. Vous avez renoncé à utiliser l’extraordinaire pouvoir qui vous a été confié. Autant de jeunes parlementaires, l’image était belle. Même pour vos opposants, elle pouvait sembler prometteuse. Mais vous vous êtes glissés dans les habits confortables du conformisme et êtes devenus des notables soucieux de jouer au même petit jeu politicien que leurs aînés.

Vous manquez votre rendez-vous avec l’Histoire. Vous trahissez toute une génération que vous prétendiez incarner mais que vous abandonnez en refusant de placer votre engagement politique à la hauteur des défis auxquels elle doit faire face.

Benjamin Lucas est porte-parole de Génération.s


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