Les marchands de sable menacent la planète

Selon un rapport de l'ONU, la surexploitation du sable est insoutenable et provoque de graves déséquilibres des écosystèmes.

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L’ONU met à profit le déroulement de la Conférence climat de Madrid pour tenter de rappeler à tous les Etats participants une menace trop ignorée qui pèse sur le monde entier : une pénurie de sable liée à l’essor des constructions et de l’urbanisation. Activité qui résulte de notre consommation de sables et de graviers qui augmente régulièrement et qui oscille actuellement entre 40 et 50 milliards de tonnes chaque année. Le rapport qui fait le point sur cette situation préoccupante rappelle tout d’abord une évidence : la « production » naturelle de ces matières par les montagnes, les océans et les cours d’eau est devenue depuis des années largement inférieure au rythme des extractions pratiquées par les entreprises spécialisées. D’autant plus que les pays réglementant ou limitant cette activité sont de moins en moins nombreux. Notamment dans les pays du Sud qui exportent souvent par navires dans les pays industrialisés : entre 20 et 30 euros le mètre cube, certaines régions font des affaires en exportant cette matière première dont les cours progressent en suivant l’étendue des pénuries.

Le directeur exécutif du département de l’environnement aux Nations Unies, Joyce Msuya, explique : « Nous épuisons le « budget sable » de la planète bien plus rapidement qu’elle ne peut le produire et nous devons mieux gérer cette ressource. En améliorant notre exploitation nous pourrions adapter la production à la ressource disponible ».

Une ressource épuisable

D’après cette étude, l’extraction du sable et du gravier est la deuxième ressource naturelle, après l’eau, actuellement extraite pour être ensuite vendue à travers le monde. Alors que l’un et l’autre sont d’une importance vitale pour le maintien de la biodiversité, surtout dans les régions vulnérables. Le commerce international est souvent alimenté par des prélèvements illégaux. Et comme ces exploitations, sur terre, dans les rivières et en mer, sont annoncées comme devant croitre de 5 à 6% chaque année, les désordres écologiques provoqués ne peuvent qu’augmenter. Qu’il s’agisse des pollutions brutales des cours d’eau, de la disparition des mangroves, de la baisse des nappes souterraines ou bien de la disparition progressive des plages utiles au tourisme, aussi bien dans les nations industrialisées que dans les pays du Sud vivant essentiellement des visiteurs étrangers. L’exploitation des carrières terrestres entraine de plus en plus des modifications catastrophiques pour des écosystèmes voués depuis des siècles à du maraîchage et des cultures vivrières maintenant des populations hors des villes. Surtout dans des pays pauvres cédant aux pressions des industriels du sable, les prélèvements contribuent à la constitution de nouveaux bidonvilles autour des grandes cités.

D’après le rapport de l’ONU, cette surexploitation du sable est devenue un scandale et un danger international qu’il faudrait réguler par des accords transnationaux que nul ne semble vouloir mettre sur pied. Et bien que toutes les conséquences visibles pèsent également sur l’évolution du climat, la question ne sera pas abordée à la Conférence de Madrid.


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