Contre le mal-logement, « faites du raffut aux fenêtres »

Ce samedi 28 mars, le DAL et d’autres associations proposent une action de mobilisation, à la place des manifestations prévues. Le confinement est très lourd à supporter pour les 4 millions de personnes qui souffrent de logement précaire.

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« Depuis le confinement, tout devient très compliqué. J’espère que ça ne va pas durer trop longtemps. Heureusement que nous n’avons pas d’enfants », ironisent Shan et Elhil, sa compagne. Ce jeune couple, d’origine sri-lankaise, venu en France pour étudier, vit dans une chambre de bonne de 9 mètres carrés (loi Carrez), sous les toits, au 6e étage d’un immeuble haussmannien, dans un quartier chic de l’ouest parisien. Un lit deux places occupe tout l’espace. Une table haute, deux tabourets, deux étagères pour la vaisselle, un petit frigo, une commode pour le linge. Le mobilier est réduit au strict minimum et ne laisse guère de place au superflu. Un vasistas permet d’aérer la pièce et fournit un peu de lumière naturelle. Le couloir étroit de l’étage distribue également sept autres chambres, occupées par d’autres locataires. « Nous avons la chance d’avoir des toilettes et une douche privative sur le palier », commente Shan, montrant le cagibi face à leur chambre, qui sert de salle de bains. Pour les autres locataires, les toilettes sont communes sur le palier. Pour les douches, chacun son système D. Les sorties sont désormais limitées à une heure dans un rayon d’un kilomètre autour de chez soi. « J’ai l’impression d’étouffer. J’avais pour habitude de me déplacer dans Paris, en trottinette, mais depuis le confinement, et le risque d’amendes, j’hésite à bouger. » Shan, grand gaillard à l’allure athlétique, qui étudie désormais de chez lui, a installé une barre de traction sur l’encadrement de l’unique porte de son logement, pour faire un peu de sport.

Moratoire sur les loyers

Depuis le début de l’épidémie, les associations de solidarité dénoncent les souffrances liées au mal-logement, exacerbées par le confinement. Pour les sans-abri, c’est un confinement dehors. Pour les personnes vivant en surpeuplement, dans des petites surfaces, ou dans des conditions insalubres, un confinement à l’intérieur du confinement. Pour toutes et tous, un printemps sous vide.

Des associations, dont Droit au logement (DAL) et Attac France appellent à une mobilisation ce samedi 28 mars, à 18 heures : « Tou·tes aux fenêtres pour les sans-abri, les mal-logés et les locataires ». Initialement, des manifestations étaient en effet prévues dans toute l’Europe, à l’appel d’une coalition européenne pour le droit au logement pour tous, contre les expulsions et la spéculation immobilière, un « Housing Action Day » (Journée d’action pour le logement). Comme le rappelle le DAL dans un communiqué : « La crise sanitaire que nous traversons vient renforcer la crise du logement. Le logement, c’est pour les gens, pas pour l’argent. » Une pétition a également été mise en ligne.

Face à l’urgence, le gouvernement a reporté la fin de la trêve hivernale au 31 mai et pris des mesures pour pallier la crise du logement, comme la réquisition d’hôtels ou l’ouverture de centres de « confinement », pour isoler les personnes sans domicile et malades.

Dans une lettre adressée au ministre du logement, Julien Denormandie, le DAL et d’autres organisations demandent des mesures fortes à hauteur de la crise, comme, par exemple, prononcer un moratoire sur les loyers pour les locataires, sur les traites pour les accédants, pendant toute la durée de l’épidémie, et la réquisition de tous les logements vides en France (rien qu’à Paris, 114 000 logements sont vacants).

330 000 personnes sans eau courante, douche ou W.-C.

En France, près de 4 millions de personnes souffrent de mal-logement, selon le dernier rapport de la Fondation Abbé-Pierre (FAP), publié en janvier. 200 000 personnes vivent à la rue. Plus de 900 000 ménages sont condamnés aux petits espaces et vivent dans des conditions de surpeuplement accentué. Ce qui signifie à quatre dans 30 mètres carrés, ou à deux dans 9 mètres carrés. Près 2,1 millions de de personnes occupent des logements inconfortables, dont 330 000 sont privées de confort de base (eau courante, douche ou W.-C.). 1,8 million de personnes vivent dans des conditions dégradées, voire insalubres (fissures au mur, absence de chauffage, de cuisine, présence d’humidité).

Le nombre d’expulsions locatives quant à lui est toujours à la hausse. En 2017, près de 15 000 ménages, soit 30 000 personnes, ont été expulsés avec le concours de la force publique. Un record historique, note la FAP. Dans son rapport, la fondation préconisait des solutions pour sortir du mal-logement avec les dix mesures du Pacte du pouvoir de vivre, et engager les villes vers « le logement d’abord », enjeu pour les municipales.

La France insoumise a par ailleurs déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à rendre effectif le droit au logement, en rappelant que « le droit d’avoir un logement de qualité est constitutif de la dignité de la personne. La Déclaration des droits de l’homme de 1948 proclame ce droit dans son article 25 ».

Dans leur chambre et unique pièce, Shan prépare le repas du midi à la manière d’un cuisinier contorsionniste. « Je n’étais pas au courant de la mobilisation de samedi pour le droit au logement, mais je répondrai présent à l’appel de samedi à 18 h, comme celui de 20 h pour le personnel soignant », approuve-t-il. Applaudissements, bruits, banderoles, concerts de casseroles, faites-vous entendre et voir pour plus de solidarité.

  • Les prénoms ont été modifiés.

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