« The Human Surge », d'Eduardo Williams : Fluide magique

Dans The Human Surge, Eduardo Williams met en scène une jeunesse désœuvrée sur trois continents.

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Les premières minutes se passent dans une semi-obscurité ; on devine une présence, un garçon, quelqu’un qui s’éveille. La première source de lumière vient de l’objet dont il se saisit avant toute chose : son téléphone portable. Les nouvelles technologies de communication viendraient-elles nous éclairer dans notre nuit ?

Ce n’est pas le « message » que porte ce premier long-métrage d’Eduardo Williams. Il dirait même plutôt le contraire. Les personnages y sont constamment soucieux, jusqu’à l’obsession, de leur téléphone – pouvoir le recharger ou communiquer à partir d’un web-café. Pour autant, ce n’est pas ce regard sociétal-là qui rend The Human Surge attractif. C’est tout à fait autre chose : une fascination qui saisit progressivement le spectateur pour une autre forme de flux, de fluidité plus exactement, comme si la caméra se transformait elle-même en onde capable de se transporter instantanément où elle veut, toujours en mouvement, et saisissant la matérialité des paysages, des corps, des voix.

L’intrigue narrative est inexistante. On est entre fiction et documentaire, avec des jeunes qui se posent des questions de leur âge, existentielles mais diffuses. Ils sont en proie au désœuvrement, et s’ils travaillent, en ayant un petit boulot dans un supermarché par exemple, cela ne dure pas longtemps.

La particularité scénaristique de The Human Surge tient dans le fait que ces jeunes se situent sur trois continents différents. À Buenos Aires en Argentine, à Maputo au Mozambique ou à Bhol en Inde, peu de choses les distinguent dans leurs activités atrophiées ou leur manque d’horizon. The Human Surge, ou l’état d’une certaine jeunesse (pas la plus aisée) mondialisée.

Est-ce cette disponibilité (absence d’intrigue, personnages indolents) qui fait que tout ce qui se passe à l’écran devient un événement ? Le tout mêlé à une sorte de réalisme surnaturel (et non mystique), puisque la caméra quitte l’Argentine pour rejoindre le Mozambique à travers un écran d’ordinateur sur lequel se déroule un tchat à distance, puis rejoint l’Inde en passant par le trou d’une fourmilière !

Eduardo Williams a aussi une science du cadrage et un sens de la beauté plastique, y compris avec le banal, qui renforce l’attirance magnétique émanant de ce film. The Human Surge signifie « la vague humaine ». Elle est ici magique, silencieuse, matérielle et totalement insoupçonnable. Le cinéma est là pour la dévoiler.

The Human Surge, Eduardo Williams, 1 h 37. En VOD sur le site de Shellac : shellac-altern.org


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