Des organisations appellent à régulariser les sans-papiers pour les protéger de la crise

Plus de 210 organisations appellent à régulariser massivement les personnes en situation irrégulière, particulièrement exposées à la crise sanitaire. Des manifestations se tiendront samedi 30 mai dans plusieurs villes de France.

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Pour Bassirou Samassa, résident d’un foyer de migrant·es et représentant du collectif des Baras, le confinement a pris des allures de cauchemar : « Dans les foyers, il y a de la promiscuité. On parle de hangar où il n’y a pas de place, pas de chambres, pas même d’électricité. Au début du Ramadan, à Montreuil, il y a même eu une fuite et de l’eau s’est infiltrée partout dans un bâtiment. Le préfet n’a pas donné son accord pour qu’on trouve un logement aux personnes qui vivent là-dedans », regrette-t-il.

La crise du Coronavirus a plongé dans une extrême précarité les personnes en situation irrégulière, confinées dehors ou dans des conditions indignes et privées de sources de revenus.

Dans les centres de rétention administrative, restés ouverts malgré les appels répétés d’acteurs associatifs à remettre en liberté les personnes en attente d’expulsion, c’est le même combat.

« Le respect des gestes barrières est impossible en raison du manque d’information et d’équipement, des conditions d’hygiène déplorables, de l’agencement architectural et des conditions de vie imposées aux personnes retenues », notait déjà le 20 avril Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté après des visites au CRA de Vincennes et du Mesnil-Amelot, en Île-de-France.

Après les soignants, les migrants et sans-papiers sont en deuxième ligne face à la crise sanitaire. Dans les CRA, les gens sont parqués, dorment dans une cellule à plusieurs. Quand ils vivent en HLM, ils partagent souvent 40 mètres carrés à sept ou huit. C’est une vraie bombe sanitaire,

déplore Anzoumane Sissoko, porte-parole de la coordination des sans-papiers.

Régularisation inconditionnelle des personnes en situation irrégulière

Pour permettre aux personnes immigrées de se protéger du virus, certains pays sont passés aux actes. Le gouvernement socialiste d’António Costa au Portugal a décidé de prolonger les droits des sans-papiers en cours de régularisation pendant la crise sanitaire.

En France, la mesure est saluée par les organisations de défense des immigré·es, mais elles veulent aller plus loin et demandent une régularisation globale, pérenne et inconditionnelle de toutes les personnes en situation irrégulière.

Dans un appel publié jeudi, 210 organisations et 300 personnalités appellent à se rendre dans la rue samedi 30 mai pour défendre cette mesure et réclamer l’accès au droit et la gratuité des soins pour tout·es les migrant·es. Des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes.

« C’est une exigence de démocratie que nous voulons porter dans la rue, nous voulons déconfiner l’égalité », martèle Fernanda Marrucchelli, de la Fédération des associations de solidarité avec tous·tes les immigré·es (Fasti). Les organisations à l’origine des manifestations assurent que celles-ci se dérouleront dans le respect de la distanciation physique. Chacun·e est invité·e à se munir d’un masque, et quelques-uns seront mis à disposition.

Pour Marina, femme sans papiers qui loge dans un bâtiment proche de Rennes réquisitionné par des personnes à la rue et des associations, il est primordial que la population descende dans la rue.

Si on obtient des papiers, on pourra être indépendants, y compris financièrement, ce qui signifie que l’on pourra payer nos impôts. On veut pouvoir travailler par nous-mêmes. Sans papiers, on est un poids pour les autres.

La manifestation parisienne interdite

Malgré l’engouement des associations organisatrices des manifestations, le rassemblement parisien a été frappé d’une interdiction. La préfecture de police de Paris a estimé que « les conditions sanitaires n’étaient pas réunies pour permettre le rassemblement ». Mais pour Verveine Angeli, animatrice de l’Union syndicale Solidaires, c’est une décision injuste : « Les raisons ne sont pas sanitaires, mais politiques et autoritaires », commente-t-elle.

En dépit de la décision de la préfecture de police de Paris, les organisations ont maintenu l’appel à manifester à Paris, à 14h30 au départ des stations de métro Opéra et Madeleine. « Quand on entend les récits des sans-papiers, on se rend compte qu’il y a une exigence d’égalité très forte, il faut manifester », continue Verveine Angeli. Un référé-liberté a été déposé jeudi matin au tribunal administratif de Paris pour faire appel de l’interdiction.


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