Les consignes sanitaires menacent les colonies de vacances

Le gouvernement a enfin publié les mesures imposées aux organisateurs de camps d’été. Un protocole restrictif transmis bien trop tardivement.

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La phrase est inscrite en gras, impossible à rater : « Au regard de la situation actuelle, nous avons pris la difficile décision d’annuler l’ensemble des séjours d’été ». Le communiqué publié ce samedi 6 juin par l’association Plein Temps Vacances et Loisirs, engagée « depuis plus de 30 ans » est amer, et c’est un euphémisme.

Elle fait partie des nombreuses structures qui ont décidé d'annuler leurs camps d’été, malgré l'autorisation d'ouverture à compter du 22 juin. En cause, les consignes du gouvernement qui n’étaient toujours pas transmises avant hier : « L’absence de publication du protocole sanitaire dans les lieux d’accueil, comme dans les transports de groupe laisse à penser que nous serions en capacité d’organiser des séjours avec quelques jours de préparation. C’est une aberration, nous ne sommes pas des amateurs. »

Des mots qui résonnent fortement avec ceux écrits par le Collectif Camps Colos, dans une lettre au Premier ministre le 6 mai dernier. Le collectif demandait à l'exécutif de se prononcer avant le 15 mai, afin que les organismes puissent se préparer convenablement, tout en précisant que « la distanciation physique et le port du masque sont, notamment, des précautions impossibles à tenir en colo ».

Le protocole sanitaire « relatif à la reprise des accueils collectifs de mineurs avec hébergement » a enfin été publié par le ministère de l’Education et de la Jeunesse ce lundi 8 juin. Ce dernier avait promis des mesures plus souples que celles mises en place dans les écoles ; le Conseil scientifique plaide également pour un assouplissement des dispositifs. Pourtant ceux imposés aux colonies sont quasi-impossibles à respecter pour les organisateurs quand ils ne sont pas simplement incompréhensibles. Quelques extraits :

Le port du masque est obligatoire pour les mineurs de plus de 11 ans lors d’activités dans lesquelles la distanciation physique n’est pas possible.

L’utilisation en simultané des deux couchettes d’un lit superposé est autorisée, à la condition que les mineurs y soient couchés tête-bêche.

Le programme d’activités proposé doit tenir compte de la distanciation physique et des gestes barrières. Doivent être prévues des activités permettant de respecter les règles précitées. Chaque activité proposée fait l’objet d’une évaluation préalable et d’une adaptation au regard de ces règles.

Lors d’échanges de livres, ballons, jouets, crayons etc. le lavage des mains des mineurs et la désinfection du matériel sont effectués avant et après l’activité de façon à limiter les risques de contamination.

Ces « aménagements » demandent plus de personnels alors que les groupes d’enfants devront être restreints. Autrement dit et dans un raisonnement purement économique : plus de dépenses, moins de recettes. Si certains organismes n’ont pas pour but premier le bénéfice, il en va de leur survie. C'est le cas de l’association Plein Temps et Loisirs qui dénonce « un non sens économique » : « Nous n’aurons pas d’autres choix que de vendre nos séjours à perte, et ainsi de condamner notre association à une fermeture définitive d’ci la fin de l’année. »

Chez VitaColo, on a décidé d’ouvrir coûte que coûte après s’être serré la ceinture tout le printemps. Si Charlotte Chastagnaret met en avant l’impératif humain, cette membre de l’association d'éducation populaire avoue également : « On ne pouvait pas se permettre de faire une année blanche, on fonctionne sans subvention. » Depuis hier, l’équipe est débordée, devant gérer à la fois le protocole sanitaire, le protocole pédagogique et les inscriptions qui arrivent enfin. Le tout avant le 5 juillet, date de la première « colo ».

Surtout c’est la politique de la structure qui est menacée par ces mesures sanitaires :

On a une ambition de mixité sociale et géographique. Le ministère nous demande de respecter des groupes, alors comment permettre la rencontre des enfants ? On réfléchit à la manière de constituer les groupes, trouver un équilibre pour qu’ils puissent se rencontrer tout en respectant une distanciation physique.

Si le million de participants aux colonies de vacances est concerné, il est pour l’instant difficile d’estimer le nombre d’enfants et de saisonniers laissés sur le carreau. Les inégalités entre petites et grandes structures risquent quant à elle d’être multipliées. L’organisme Telligo, du groupe UCPA, maintient par exemple ses séjours. Mieux encore, il propose la vente « de masques homologués (…) dans chaque centre ou lieu d’hébergement ».

De son côté, le gouvernement a pour sa part annoncé la mise en place de « vacances apprenantes », pour qu'un million d'élèves puisse « rattraper pendant l'été le retard accumulé depuis le début du confinement ». Le retour des jours heureux, vous disiez?


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