Annuler la dette, la question qui divise les économistes de gauche

Le débat sur la dette cache des enjeux politiques cruciaux plus compliqués qu’il n’y paraît. Six questions pour y voir plus clair.

Le vertige des chiffres, le poids des arguments d’autorité et l’extrême complexité de la mécanique financière ne facilitent pas la clarté des débats. La gestion de la dette Covid sera pourtant l’un des points les plus disputés du débat politique de l’après-pandémie, notamment au sein de la gauche, où chacun cherche un message clair et un remède efficace contre la toute-puissance de la finance.

Pourquoi la dette publique est-elle un problème ?

La dette atteignait fin septembre la somme record de 2 674 milliards d’euros, soit 116,4 % de la totalité de la richesse créée en une année en France (le PIB). Une somme rondelette… Mais le chiffre sur lequel devraient se focaliser les esprits est celui, moins anxiogène, de la charge des intérêts de cette dette. Autrement dit, ce que coûte chaque année au budget de l’État cette dette accumulée. Avec un montant de 35,8 milliards d’euros en 2020, il s’agit de la 3e dépense nationale, derrière les budgets de l’Armée et de l’Éducation nationale. Une manne énorme donc, que se partagent les banques privées, compagnies d’assurances et fonds d’investissement, dont beaucoup sont étrangers.

Pour autant, et malgré l’explosion des dépenses avec la crise du Covid, la situation reste sous contrôle. La charge de la dette ne dépend pas uniquement de la quantité de dette contractée, mais surtout des taux d’intérêt réclamés par les créanciers. Et, depuis 2015, ils sont très bas, voire négatifs, parce que les prêteurs sont disposés à payer pour mettre leur argent à l’abri des orages qui s’annoncent, en le prêtant aux États qui sont réputés infaillibles. À la différence d’une entreprise ou d’un ménage, un État est immortel. Il peut donc emprunter pour rembourser sa dette et la faire « rouler » éternellement. Ce phénomène de taux bas est renforcé par la pluie de cash déversée par la Banque centrale européenne (BCE), qui rachète des dettes publiques pour calmer les angoisses du système financier.

Toutefois, une remontée des taux n’est pas exclue et certains économistes estiment qu’une telle dette représente une bombe à retardement et un risque majeur de devoir affronter des décennies d’austérité. Ces derniers jours, la courbe des taux d’intérêt de la dette à dix ans inquiète la planète financière. Ils sont repassés temporairement dans le positif pour la France (passant de - 0,32 % début janvier à + 0,1 % le 26 février).

Qui pourrait l’annuler ?

Pour les partisans de l’annulation, la BCE, qui a racheté un quart de la dette européenne, pourrait annuler ce qu’elle détient sans que personne ne soit lésé. Cela dégagerait l’horizon des États européens et leur permettrait d’investir dans la « reconstruction écologique et sociale ». En outre, cela mettrait fin à une situation ubuesque : « Nous nous devons à nous-mêmes 25 % de notre dette et, si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs », écrivent 150 universitaires européens dans une tribune publiée dans Le Monde le 5 février. En 1953, l’Allemagne a bénéficié d’un effacement des deux tiers de sa dette publique pour lui permettre de se relever de la Seconde Guerre mondiale, soulignent-ils.

Il reste 52% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.