Robert Plant et Alison Krauss : Une étincelante célébration

Dans leur nouvel album commun, Robert Plant et Alison Krauss conjuguent leurs voix dans un jeu de séduction mutuelle.

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l n’y a rien de rock dans cette musique. Rien à voir avec la puissance et la posture », déclarait récemment Robert Plant au Guardian à propos de cet album. Précision assez inutile, personne ne s’attend à ce que l’ancien chanteur de Led Zeppelin reprenne la formule de son groupe d’antan. Et comme il ne s’agit pas de sa première collaboration avec la chanteuse de bluegrass Alison Krauss, on sait à peu près à quoi s’attendre. Sauf que l’on ne s’attendait pas forcément à ce que le résultat de leur deuxième rencontre soit à ce point supérieur au premier, Raising Sand, paru en 2007.

Raising Sand était composé d’une sélection de reprises puisées dans un répertoire presque exclusivement américain, à l’exception de « Please Read The Letter » composé par Robert Plant et Jimmy Page pour leur album de 1998, Walking into Clarksdale. Pour le reste, mélangeant les styles et les époques, il s’agissait de compositions signées Gene Clark (membre des Byrds à leurs débuts), Townes Van Zandt, Allen Toussaint ou les Everly Brothers. Le tout réinterprété avec un souci de décalage créatif dont la version de « Fortune Teller », mainte fois repris, était un exemple parfait. Pourtant, malgré la qualité du répertoire, de la production (T Bone Burnett, habitué à superviser ce genre de projet) et des musiciens réunis, dont le guitariste Marc Ribot, il manquait une étincelle pour faire de ce disque une parfaite réussite.

Étincelle bien présente sur Raise The Roof, qui présente comme autre nouveauté de faire entrer le folk britannique des années 1960 dans les compositions retenues, avec deux représentants de ce courant musical aussi riche qu’un peu oublié aujourd’hui : le guitariste et chanteur Bert Jansch et la chanteuse Anne Briggs. Aucun fan de Led Zeppelin ne sera étonné de ce choix, le groupe n’ayant jamais caché son admiration pour cette scène, en particulier pour le jeu virtuose des guitaristes dont s’est beaucoup inspiré Jimmy Page. On se souvient aussi des guitares acoustiques et des mandolines sur le troisième album du groupe et de la présence de Sandy Denny, la chanteuse de Fairport Convention, sur l’album suivant.

Pour le reste, on trouve au générique les Everly Brothers, Lucinda Williams, Calexico ou Merle Haggard. L’écho sur la guitare, mi-rockabilly mi-Chris Isaac, le son mat de la batterie, les sanglots longs de la pedal steel guitar et un swing délicat sont quelques-uns des ingrédients de cette nouvelle livraison. Avec, bien sûr, les voix de Robert Plant et d’Alison Krauss conjuguées dans un jeu de séduction mutuelle qui en dit long sur le plaisir pris à cet exercice. Les morceaux défilent comme autant de fragments d’un paysage vu d’une voiture en vitesse de croisière sur une bande de bitume tellement lisse qu’elle se conduit presque seule au rythme des claquements de doigts du conducteur. À ce niveau d’engagement, de finesse et de savoir-faire de la part de musiciens qui n’ont rien à prouver que leur passion pour ces musiques, il ne faut plus parler de reprise mais de célébration.

Raise The Roof, Robert Plant et Alison Krauss, Warner.


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