« Ne pas choisir entre un bon et un mauvais peuple »

Le sociologue Raphaël Challier s’interroge sur les moyens de reconnecter à l’engagement politique les personnes issues de milieux populaires.

Nadia Sweeny  • 26 janvier 2022 abonné·es
« Ne pas choisir entre un bon et un mauvais peuple »
Même les u00abu2009assemblées des assembléesu2009u00bb (ici le 5 avril 2019 à Saint-Nazaire) n’ont pas toujours convaincu les gilets jaunes dépolitisés.
© LOIC VENANCE/AFP

La gauche a échoué. Malgré ses grands discours et ses promesses, aucun des mandats qu’elle a portés n’a permis de renouveler les pratiques. Au contraire, les milieux populaires, pourtant largement instrumentalisés, sont plus que jamais éloignés des lieux de pouvoir décisionnel. Aucune assemblée nationale ou locale, aucune direction partisane, même au sein des collectifs voulant rénover la politique, ne permet l’émergence d’une représentation satisfaisante des milieux populaires. Ce constat offre la vision d’un indépassable problème.

Pourtant, dans les interstices des mobilisations populaires, à l’échelle d’une ville, d’une association, d’un syndicat ou d’un rond-point, des marges de manœuvre se dégagent. Raphaël Challier étudie avec précision ces espaces de création militante. Il en tire constats et réflexions pour tenter de laisser émerger ces aspirations diverses et contradictoires. Au-delà des grands discours politiques, le salut viendra du terrain.

À gauche, les politiques ont souvent pensé que la justice sociale, la redistribution ou la lutte contre les inégalités sont des valeurs inhérentes aux classes populaires, alors qu’ils n’arrivent plus à mobiliser ces classes. Comment l’expliquer ?

Raphaël Challier : Les spécialistes du politique ont surtout tendance à imaginer que les gens adhèrent à leur groupe parce qu’ils ont lu Marx ou Adam Smith, qu’ils se mobilisent sur des logiques scolastiques et scolaires, celles de la petite bourgeoisie diplômée. En réalité, les logiques sociales qui poussent les gens à se mobiliser sont infiniment plurielles et contradictoires.

La dimension liée à la place centrale de la voiture parle très peu aux classes moyennes culturelles.

J’ai rencontré, en milieu rural, des jeunes mères célibataires, dont certaines issues de la communauté des gens du voyage, candidates pour le Rassemblement national. Pourquoi ? Simplement parce que, localement, le RN a été le premier acteur politique à les considérer et à les présenter sur une liste.

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »
Entretien 15 avril 2026

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »

La députée LFI Gabrielle Cathala, désignée cheffe de file contre la proposition de loi de Caroline Yadan, explique comment son groupe entend combattre le texte dans l’hémicycle.
Par Hugo Boursier
Dix ans de Macronie : du « en même temps » à l’impasse
Analyse 15 avril 2026 abonné·es

Dix ans de Macronie : du « en même temps » à l’impasse

Né en 2016 de la promesse de dépasser les clivages et de réinventer la vie politique, le macronisme a rapidement conquis le pouvoir. Dix ans plus tard, entre virage assumé à droite, fractures internes et absence d’ancrage, le mouvement apparaît affaibli, tandis que les lignes partisanes qu’il prétendait abolir ressurgissent avec force.
Par Alix Garcia
« Le PS doit retrouver une colonne vertébrale pour peser à gauche »
Entretien 3 avril 2026 abonné·es

« Le PS doit retrouver une colonne vertébrale pour peser à gauche »

Poitiers, Vaulx-en-Velin, Bègles… Trois gauches, trois défaites. Dans ce dossier spécial, les candidats perdants analysent leur échec et en tirent les leçons. Ici, la socialiste et maire sortante Hélène Geoffroy critique la stratégie d’opposition de la France insoumise, et regrette que le PS n’ait « rien produit » dans l’opposition face à Emmanuel Macron.
Par Alix Garcia
« On a été pris au piège de tirs croisés entre Place publique, le PS et LFI »
Entretien 3 avril 2026 abonné·es

« On a été pris au piège de tirs croisés entre Place publique, le PS et LFI »

Poitiers, Vaulx-en-Velin, Bègles… Trois gauches, trois défaites. Dans ce dossier spécial, les candidats perdants analysent leur échec et en tirent les leçons. Ici, Léonore Moncond’Huy, maire écologiste élue en 2020, critique le climat de division à gauche.
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian