Pasolini l’hérétique

Le poète, penseur et cinéaste aurait 100 ans cette année. Des publications inédites et la ressortie de plusieurs films permettent de nous interroger sur l’actualité de son œuvre, toujours subversive.

La même aura céleste qu’Arthur Rimbaud entoure Pier Paolo Pasolini. En point d’orgue d’une œuvre poétique flamboyante, d’une série de films d’une singularité brûlante, sa mort tragique a définitivement scellé le mythe. Une mort aux allures de destin, d’autant que le poète l’avait plusieurs fois évoquée, lui qui pensait que le sens de l’existence s’ancrait dans notre dernier souffle : « Il est donc absolument nécessaire de mourir, écrivait-il dans -L’Expérience hérétique, car tant que nous sommes vivants, nous manquons de sens, et le langage de notre vie […] est intraduisible : un chaos de possibilités, une recherche de relations et de signifiés sans solution de continuité. La mort accomplit un montage fulgurant de notre vie. »

Les circonstances de son assassinat, survenu sur la plage d’Ostie le 2 novembre 1975, restent en partie non élucidées. Dans la nouvelle édition de son excellente biographie, intitulée Pasolini, René de Ceccatty a ajouté un chapitre dressant précisément ce que l’on en sait, entre procès bâclé, revirements de témoignages et faits avérés. Comme l’auteur le souligne (en le regrettant car, à ses yeux, Pasolini relève à juste titre d’une tout autre dimension), ces pages se lisent comme un polar.

Mettre au jour la vérité sur ce meurtre contribue à démythifier l’artiste et ainsi à le rendre plus proche, plus humain. Non pour ternir son éclat. Certains, depuis, s’en sont chargés. Comme, vingt ans après sa mort, Erri De Luca, déclarant – alors qu’il ne tarit plus d’éloges aujourd’hui : « Je n’ai pas réussi à terminer Ragazzi di vita[le premier roman de Pasolini, Les Ragazzi – NDLR] et je n’ai pas retenu un seul vers ou une seule phrase, mutilés de toute musique, réduits à la rédaction d’un procès-verbal d’une tempête d’humeur. » Mais afin de rendre cet éclat moins aveuglant. Écarter le mythe, c’est entrer dans l’œuvre de cet artiste penseur, « poète civil », comme Moravia le désignait, marxiste et mystique, sans crainte ni a priori. Une œuvre multiforme, aussi bien poétique, romanesque, cinématographique, critique et d’intervention politique, ayant une cohérence forte. Encore bien vivante, elle nous est nécessaire parce qu’elle aide à regarder la réalité en face, à ne pas céder au moralisme ni au dogmatisme, à penser contre nous-mêmes, à ne rien simplifier. Et à dégager Pasolini de ceux qui tentent de le récupérer.

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