« C’est pas moi » : prendre ses distances
Leos Carax se livre à une introspection à la fantaisie noire et inventive.
dans l’hebdo N° 1814 Acheter ce numéro

© Jean-Baptiste Lhomeau
« Où en êtes-vous, Leos Carax ? » Pour une exposition au Centre Pompidou qui ne s’est finalement pas tenue, cette question avait été posée au cinéaste. Le film d’à peine trois quarts d’heure qui sort aujourd’hui, après avoir été projeté à Cannes, en constitue une réponse. Son titre, C’est pas moi, est à prendre au pied de la lettre. « Je est un autre » ? Mais il est possible de considérer aussi ce titre comme une antiphrase : C’est pas moi ressemble en effet à un journal intime et extime, à une introspection cursive, innervée par la filmographie du cinéaste.
Leos Carax expose des mots ou des citations plein pot, décale images et sons et joue avec le montage. Ce qui rappelle celui qui a souvent été présenté comme sa figure tutélaire : Jean-Luc Godard. On entend la voix de celui-ci. Un coup de fil où s’amorce le rendez-vous d’une prochaine rencontre. Elle aura eu lieu, quelque part. Un dialogue qui perdure via ce film. Cependant, les préoccupations et les obsessions qui s’y manifestent sont bien celles de Carax, prenant la forme d’une radiographie existentielle foisonnante et chaotique.
"La beauté a besoin d'un grain"La question des images y a bien sûr une place de choix. Leur flux incessant qui nous rend aveugles (« Clignez des yeux ! », recommande le cinéaste). Ou leur lissage : Marylin Monroe avait un grain de beauté sur le visage que certains auraient voulu voir disparaître. Mais « la beauté a besoin d’un grain ». Leos Carax puise dans quelques motifs de ses films précédents, les distord, les rendant encore plus inquiétants : ainsi la réapparition littérale de M. Merde (issu du film à sketchs Tokyo !), ou la course fameuse de Denis
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
« Soulèvements », le bien commun en héritage
Thomas Lacoste : « Créer un pare-feu autour de ceux qu’on a érigés en “écoterroristes” »
« Urchin » : marcher sur un fil