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Publié le 19 décembre 2011

Retour en Palestine (4) : discussions à Naplouse

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Taxi collectif. 17 shekels pour couvrir les 80 kilomètres qui séparent Ramallah de Naplouse. Surprise : le grand check point à mi-chemin entre les deux villes est ouvert. Il n’est pas démantelé, comme l’affirme parfois la propagande israélienne. Tout est en place pour le reconstituer, mais les deux jeeps de la patrouille israélienne sont en retrait. Un seul incident, une seule tension, ou même le bon vouloir israélien, et la porte se referme… En attendant, le voyage se fait sans anicroches.

Arrivée au terminal des taxis, un autre taxi, individuel, cette fois. Direction l’université où m’attend un ami. Visite succincte de cet immense ensemble qui accueille 24 000 étudiants — la plus grande université de Cisjordanie. Une impression de vide dans des halls gigantesques. Echange avec un enseignant…australien. Le Politis de la semaine est soigneusement placé dans une salle de lecture. Départ pour le centre ville. Arrêt knafeh. On me découpe une petite tranche de ce gâteau au fromage, spécialité de Naplouse. Une petite tranche parce que le knafeh frais va sortir du four dans 5 mn. Arrive en effet l’ample plaque circulaire. Une grosse tranche cette fois. De quoi repaître le Parisien.

Sous occupation

Balade dans le souk, et discussions, discussions, discussions. Mon hôte est un homme de gauche, comme on l’entend en France. Très critique à l’égard du Fatah et de l’Autorité palestinienne. « La politique de Salam Fayyad est une impasse ; Il n’y a pas d’économie possible sous occupation ; Il n’y a pas d’économie quand on ne peut pas avoir accès au marché international, quand on est prisonnier dans son propre pays. Ce n’est pas l’économie qui doit gouverner, c’est la politique. Quelle économie construit-on quand on est incapable de trouver la solution politique à l’Etat palestinien. » Il rappelle qu’il était hostile aux accords d’Oslo. « Mais ne croyez-vous pas que ce n’est pas les accords d’Oslo en soi qui sont fautifs , rétorqué-je, mais la gestion qui a été faite de ces accords dans les années suivantes (1993-2000), et le fait que l’on a laissé la colonisation galoper. » « Les accords d’Oslo auraient dû être signés par une branche politique, et ne pas engager Arafat. Comme cela s’est fait en Irlande entre le Sinn Fein, branche politique, et l’Ira, branche militaire. Ainsi, on n’aurait pas affaibli notre capacité de résistance » . Pour Wissam, un intellectuel de la ville qui nous a rejoints, la solution aujourd’hui réside dans la dissolution de l’Autorité palestinienne. « Il faut dire à Israël, vous avez tout détruit, maintenant vous avez un pays d’apartheid » .

Naplouse : un paysan palestinien franchit une barrière érigée au milieu d'un champ d'oliviers par l'armée israélienne pour protéger une colonie. - AFP / Ashtiyeh

Nous croisons un groupe de jeunes filles voilées. La discussion dévie sur la question religieuse. Il y a les jeunes filles voilées portant tunique jusqu’aux chevilles, et les jeunes filles voilées portant blue-jean moulant. « Celles-ci , dit mon hôte, portent le voile non par conviction, mais par concession. » Il reproche aussi au Fatah d’avoir cédé trop vite à la pression religieuse. Mais la question ne dépasse-t-elle pas le cadre de la Palestine ? La montée du phénomène religieux et son corollaire, l’islam politique, ne sont-ils pas plutôt le résultat de la destruction des oppositions laïques dans le monde arabe par les Occidentaux, au nom de la lutte Est-Ouest ? Et du soutien occidental à des dictatures assimilées frauduleusement à la laïcité ? Débat sans fin. La nuit est tombée sur Naplouse. Retour tardif à Ramallah en taxi collectif.

Demain, femmes journalistes.


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