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Publié le 22 mai 2013
« La Grande Bellezza » de P. Sorrentino ; « Tip Top » de S. Bozon ; « Ma vie avec Liberace » de S. Soderbergh ; « Omar » de H. Abu-Assad

« La Grande Bellezza » de P. Sorrentino ; « Tip Top » de S. Bozon ; « Ma vie avec Liberace » de S. Soderbergh ; « Omar » de H. Abu-Assad

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Voilà : vous êtes dans votre fauteuil depuis 2h20, vous n’avez pu vous défaire de votre regard clinique devant l’esbroufe et les visions en toc, vous avez scruté ces images fabriquées, calibrées en fonction de l’effet voulu, et une surprise advient : la salle autour de vous accueille le générique de fin par des applaudissements nourris (cela se fait, à Cannes, dans les projections de presse, on applaudit l’écran puisque personne de l’équipe du film n’est présent). Ce désolant épisode m’est arrivé lors de la projection de la Grande Bellezza , de Paolo Sorrentino, en compétition.

Illustration - « La Grande Bellezza » de P. Sorrentino ; « Tip Top » de S. Bozon ; « Ma vie avec Liberace » de S. Soderbergh ; « Omar » de H. Abu-Assad

Dans ce film, Toni Servillo, omniprésent à l’écran, interprète le rôle d’un mondain revenu de tout, sarcastique et séducteur, ayant écrit dans sa jeunesse un unique roman, devenu pour la jet set de Rome un livre mythique. N’en jeter plus dans le cliché. On se croirait chez nos Hussards littéraires, ou plus exactement chez nos néo-Hussards (Neuhoff, Besson, Tillinac…), qui traînent leur spleen chic de salons d’hôtels de luxe en cocktails entre gens bien.

Sorrentino filme ces gens participant à des fêtes comme on ferait un clip (mais long…) – une manière naturelle chez lui, l’homme venant de là et de la pub. Il imagine des conversations mondaines où l’on s’écharpe cruellement : et bien entendu la victime est le plus souvent une femme. Le cinéaste tente de donner à son affaire un ton proustien (l’écrivain est cité), nostalgique, crépusculaire. Et surcharge son film de référence au cinéma italien (le pauvre Fellini a dû se retourner 100 fois dans sa tombe…) Sorrentino est un faiseur, de luxe, mais un faiseur. Son film précédent, This must be the place , à Cannes il y a 2 ans, était pire encore. Maigre consolation…

Tip Top

Je le répète ici (avec d’autres) : quelque chose se passe dans le jeune cinéma français. Après 2 automnes 3 hivers , de Sébastien Betbeder, la Bataille de Solférino , de Justine Triet, dont je parlais ici-même hier, Tip Top , de Serge Bozon (et bientôt la fille du 14 juillet , d’Antonin Peretjatko) fait bouger les lignes (esthétiques).

Tip Top , présenté à la Quinzaine des réalisateurs, détourne tout ce qui pourrait apparaître comme des atouts classiques : 1) un casting classieux utilisé sans glamour 2) une intrigue de polar compliquée à loisir

1) Un casting classieux : Isabelle Huppert en tête, mais aussi Sandrine Kiberlain et François Damiens notamment. Serge Bozon leur fait jouer l’absurde, le burlesque. Certains y sont habitués (Damiens) d’autres y excellent (Kiberlain, d’une grande puissance comique de bout en bout). Quant à Huppert, elle semble travailler sur son image quand elle montre qu’elle casse son image. Une distanciation au carré, donc. Pas toujours convaincante, mais des scènes inoubliables, dont celle où elle se fait refaire le portrait par Samy Naceri (on se croirait dans la vraie vie, non ?…)

2) Un indic maghrébin a été tué dans la banlieue de Lille. Deux membres de la police des polices débarquent. S’ensuivent des tribulations, où les relations entre les Blancs et les Maghrébins ne paraissent pas très apaisées. Mais l’intrigue finit par être aussi claire que celle du Grand sommeil .

Là n’est pas l’enjeu premier de Tip top . Ou plutôt, si. Le mot d’ordre du film pourrait être : bordélisons les règles habituelles du cinéma chic et propre. Faisons dans le foutraque, le non léché, l’énervé. Il y a un côté Mocky sans la vocifération. Tip Top défroque ce que le cinéma d’auteur a de sacralisé. Ça fait du bien.

Ma vie avec Liberace

Illustration - « La Grande Bellezza » de P. Sorrentino ; « Tip Top » de S. Bozon ; « Ma vie avec Liberace » de S. Soderbergh ; « Omar » de H. Abu-Assad

Cinéaste prolifique (même s'il vient d'annoncer une pause dans sa production) et inégal , Steven Soderbergh signe ici, en compétition, un biopic à priori improbable: celui de Liberace, star du piano de music-hall dans les 1970-80, de la musique pour grand-mère, et homosexuel, l'ayant caché toute sa vie.

Malgré ces données premières peu engageantes, Ma vie avec Liberace offre un portrait complexe de ce personnage qui se montre tour à tour tendre et cruel, avec des moments d’hystérie queer (souvent très drôles) qui alternent avec des temps plus calmes de lucidité. Le film est servi par un Michael Douglas dont la performance est à la hauteur de ce qu’on pouvait escompter avec un tel personnage. Son partenaire, Matt Damon, plus inattendu en Scott, l’amoureux de Liberace, n'est pas moins remarquable (le prix d’interprétation pour les deux comédiens ?)

Dans un décor ultra-kitch (la demeure de Liberace est un chef d’œuvre de rococo jusqu’au-boutiste), la caméra du cinéaste montre une relation d’amour très exclusive, sulfureuse, presque incestueuse – Liberace impose un lifting à Scott afin que son visage ressemble au sien dans le projet de l’adopter. La fin, en revanche, est d’une sobriété bouleversante, quand la dernière heure, celle de vérité, survient.

Omar

Illustration - « La Grande Bellezza » de P. Sorrentino ; « Tip Top » de S. Bozon ; « Ma vie avec Liberace » de S. Soderbergh ; « Omar » de H. Abu-Assad

C’est la journée des contrastes, l’un des plaisirs de Cannes. Omar , le film de Hany Abu-Assad ( Paradise Now , 2005), présenté à Un Certain regard, m’a fait à nouveau changer radicalement de direction. Omar est une fiction rugueuse, tendue, sans démagogie aucune sur de jeunes Palestiniens qui décident de passer à l’action contre l’occupation israélienne. Pour Omar, cela commence par une humiliation de la part de militaires israéliens, se poursuit par des séjours en prison où la torture est ordinaire, puis des infiltrations et des manipulations qui l'attirent dans un piège. Résultat : un dilemme terrible (collaborer ou disparaître), un amour saccagé. Et des vies sacrifiées, des deux côtés, palestinien et israélien. Un film d’action, mais sec, sans complaisance spectaculaire, politiquement sombre, malheureusement juste. Omar  ? Une claque.


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