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Publié le 20 décembre 2013

Le « grave dérapage» de Michel Sapin

La CGT et SUD ont dénoncé un « grave dérapage » du ministre du Travail Michel Sapin lors d’une cérémonie autour de la promotion 2012 des inspecteurs élèves du travail.

Deux syndicats d’inspecteurs du travail (CGT et SUD) sont récemment montés au créneau contre leur ministre, Michel Sapin, après une journée du 3 décembre, qui laissera sans doute des traces au sein de ce corps de contrôle spécialisé, chargé de veiller à la bonne application du droit du travail au sein des entreprises.

Ce jour-là, le ministre du Travail participe à une cérémonie de remise des cartes professionnelles aux inspecteurs élèves du travail de la promotion 2012, dûment convoqués au ministère. « Le ministre en personne était présent pour pouvoir faire de “l’événement” un moment de communication personnelle, alors que sa réforme peine grandement à trouver une légitimité au sein des services » , relatent les deux syndicats dans un courrier daté du 17 décembre, titré : « Le grave dérapage de M. Sapin » .

Voici ce qu’écrivent la CGT et SUD :

« Une première fois, à la lecture des nom et prénom d’une collègue d’origine africaine, il lâche débonnaire : “Vous, je vous avais reconnu”. Eh oui ! C’est vrai que Jacqueline, ça aurait plus prêté à confusion ! Puis, une deuxième fois, alors qu’il avait renoncé à le prononcer lui-même, le ministre ne peut retenir, tout sourire, à l’évocation du patronyme d’origine maghrébine d’un autre collègue, jouant sur la proximité phonétique des deux noms (et donc aussi sur le cliché du fils d’immigré délinquant ), un brillant : “votre nom, ça fait pas un peu racaille, non ?” … Troisième et dernière saillie, pour conclure son show à la Michel Leeb, le ministre ajoute au moment de la photo collective (toujours à destination du collègue au patronyme d’origine maghrébine) : “Mettez-vous devant, il faut qu’on vous voit” » .

Ce n’est que quinze jours après cette cérémonie publique , qui est l’aboutissement d’un long parcours de formation des futurs inspecteurs du travail, que le ministre constate l’étendue des dégâts causés par son attitude en apprenant que la CGT et SUD préparent un courrier dénonçant des « propos et comportements inadmissibles » .

Michel Sapin se lance dans un courrier susceptible d’éviter l’onde de choc des révélations syndicales. Le ministre envoie une lettre « aux inspecteurs et inspectrices de la nouvelle promotion 2012 » , datée du 16 décembre, que nous avons pu lire.

« J’ai été informé que circule un courrier (que je n’ai pas reçu) ou projet de courrier, de plusieurs d’entre vous me reprochant une parole qui aurait touché ou blessé une personne, et une partie de l’assistance de cette cérémonie », tente de minimiser le ministre, qui ajoute : « Si le mot d’humour – qui du moins se voulait tel – que j’ai prononcé a en effet blessé M. R. [nous avons masqué le nom] et vous mêmes, croyez bien que j’en suis sincèrement désolé et recevez immédiatement (sic) mes excuses » .

« Nous nous indignons de ce type de propos et d’humour, qui ont pour effet de stigmatiser l’origine de certains collègues. » , écrivent La CGT et SUD qui précisent aussi que les inspecteurs élèves du travail « ont écrit au ministre Michel Sapin pour condamner ces propos » .

Mais pour le ministre « Ce mot [racaille] se voulait précisément un clin d’œil amical car je connais sa signification et, comme responsable politique, je sais l’usage qui en a été fait en d’autres circonstances par un responsable politique que j’ai combattu. Il lui donnait un sens – au premier degré cette fois – en effet détestable » .

Le ministre du Travail qui voit là un « malentendu, sans esprit de polémique » a sans doute perdu de vue que ce mot prononcé à Argenteuil en 2005 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a aussi été utilisé régulièrement dans les discours de Jean-Marie Le Pen et par des sites d’extrême droite.

Qu'il comprenne que ce « clin d'œil » n'a rien de très amical pour les personnes stigmatisées.


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