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Publié le 18 novembre 2014

LGV Lyon-Turin : le dossier du scandale remis à l'Olaf

L’Office européen de lutte antifraude a été saisi par Karima Delli et Michèle Rivasi, deux députées européennes EELV, sur la gestion du pharaonique projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. Les enquêteurs ont entre les mains un épais dossier sur la présence de la mafia sur le chantier italien.

L’Office européen de lutte antifraude (Olaf) possède désormais des documents explosifs concernant le projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. En particulier, une série de pièces prouvant que certaines entreprises présentes sur le chantier italien ont des liens avec la ‘Ndrangheta, une organisation mafieuse calabraise, et que celles-ci ont passé des marchés truqués. Plus gênant, les documents remis à l'Olaf fournissent la preuve que Maurizio Bufalini , l’actuel directeur général de Lyon Turin Ferroviaire (LTF), maître d’ouvrage franco-italien du projet, dont le siège est à Chambéry, a signé dans le passé un contrat avec deux sociétés liées à la mafia calabraise.

Le 12 novembre, Karima Delli et Michèle Rivasi , députées européennes EELV, ne sont pas arrivées les mains vides pour saisir l’institution chargée d’enquêter sur les « soupçons de fraudes ou de graves irrégularités pouvant porter atteinte aux fonds publics l’Union européenne » . De nombreux faits mettent en évidence « plusieurs infractions relatives » au projet Lyon-Turin, ont assuré les eurodéputées, qui dans un communiqué, ont dénoncé :


- les commandes de fournitures passées à des entreprises soupçonnées d’être liées à la mafia italienne (notamment Martina et Italcoge) ;
- des fournitures non conformes aux commandes ;
- l'absence de sanctions contre les dirigeants de la société LTF Paolo Comastri et Walter Benedetto, condamnés en première instance par le tribunal de Turin en 2011 pour trucage d’appels d’offre ;
- des surcoûts inexplicables en équipements mobilier et informatique ;
- de possibles conflits d'intérêts en France dans le cadre de la signature de différents marchés publics ;
- des entraves à la concurrence.

Surtout, une partie du dossier est consacré au cas de Maurizio Bufalini , nommé directeur général de LTF en mars 2014 . « Un scandale de plus dans le projet du Lyon-Turin » , lance la coordination des opposants au Lyon-Turin, dans un communiqué passé inaperçu alors qu’il révèle des documents édifiants.

Avant d’être nommé directeur général, Maurizio Bufalini fut directeur des travaux de LTF, succédant ainsi à Walter Benedetto , qui a été condamné par le tribunal correctionnel de Turin à un an de prison en compagnie de Paolo Comastri , alors directeur général de LTF, pour « trucage d’appel d’offres ».

Lire > Questions autour de la gestion du grand projet Lyon-Turin

La signature de Maurizio Bufalini apparaît en juin 2011 sur une commande au profit des entreprises Italcoge et Martina , figurant dans le rapport d’enquête des carabinieri sur la ‘Ndrangheta, daté du 19 décembre 2011. Ces deux sociétés, qui ont été mises en liquidation judiciaire, comme l’indique le rapport d’enquête, ont bénéficié d’un contrat de fourniture de clôtures anti intrusion « dont il a été démontré que ladite fourniture ne correspond pas au bon de commande » , peut-on lire dans le dossier des députés européens transmis à l’Olaf.

Lire > LGV Lyon-Turin et mafia : Après Politis, Arte… le Canard enchaîné

« D’après nos investigations, il est évident que des mafieux calabrais s’intéressaient de près au chantier public en cours » , assure le procureur de Turin, Roberto Sparagna , interrogé par la journaliste Valentina Parlato pour l’émission Vox Pop d’Arte , diffusée le 10 novembre.

Lire > LGV Lyon-Turin : quand la mafia prend le train… sur Arte

Ainsi, l’une des entreprises appartenait à Giovanni Toro , bien connu des services de police : il est actuellement mis en examen pour des affaires de drogue et d’extorsion et est en prison pour « association mafieuse » , accusé de collaborer avec la mafia calabraise. « Avec sa société, il aurait déjà empoché 25 000 euros d’argent public, le tout distribué par la société franco-italienne LTF » , indique le reportage d’Arte. Pourtant, dans ce reportage, Maurizio Bufalini promet qu’il n’a rien vu venir : « La société était en situation régulière quand elle a travaillé. Ensuite, l’enquête a pu montrer qu’elle était liée à la mafia » .

Qu’est devenu l’argent public des contrats engrangés par quatre entreprises mafieuses ? Pourquoi y a-t-il des anomalies dans les comptes de LTF ? Pourquoi « le signataire du marché avec les entreprises liées au crime organisé, comme le rapporte l’enquête des carabinieri, se trouve promu directeur général »  ?, peut-on lire dans le dossier transmis à l’Olaf, qui estime que « le choix de cette personne permet de nourrir un doute légitime sur la gestion de la société LTF SAS qui bénéficie du cofinancement de l’Union européenne » .

Un choix troublant , car Anticor , FLARE et la Coordination des opposants au Lyon-Turin ont interpellé début 2013 la Cour des Comptes, Jean Marc Ayrault, alors Premier ministre, ainsi qu’une dizaine de ministres et d’élus locaux par courriers. « Pas un n’a instruit ces faits graves que nous leur révélions pièces à l’appui » , s’inquiète la Coordination, qui ajoute : « Par courrier daté du 13 avril 2013 nous informions Monsieur Hubert Du Mesnil, président de Lyon Turin Ferroviaire des mêmes faits en lui adressant la copie du courrier adressé à la Cour des comptes. Nouveau silence assourdissant, mais nomination de l’auteur des commandes comme directeur général de LTF en 2014 » .


Crédit photo: Philippe Desmazes/AFP

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