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Publié le 8 juillet 2015
L'après-référendum : l'Europe à la peine, la Grèce à la manœuvre

L'après-référendum : l'Europe à la peine, la Grèce à la manœuvre

Manifestement sonnés par le verdict du référendum grec, les dirigeants européens semblaient ne plus trop savoir sur quel pied danser au lendemain de ce camouflet populaire sans appel, tandis que la Grèce fourbissait ses armes pour faire face à la tourmente.

« Le front uni qui se dresse devant les Grecs » (Paul Jorion)

Fallait-il qu'elle soit désemparée, Angela Merkel, pour ne rien trouver d'autre à exiger de la Grèce que de nouvelles « propositions sérieuses » ? À quelles nouvelles propositions pouvait-elle s'attendre, la chancelière allemande, flanquée de son inexistant comparse français, François Hollande, ce lundi triste comme un lundi, après que les électeurs grecs eurent renvoyés leurs créanciers à leurs chères études ?

Et de fait, c'est les mains vides qu'Euclide Tsakalotos, nouveau ministre grec des Finances, s'est présenté à l'Eurogroupe de mardi. Comme le note justement Romaric Godin dans la Tribune, la question ne relève plus désormais de la basse-cuisine technique financière, mais de la politique. Et de la restructuration, sinon de l'annulation de cette dette , condition sine qua non d'un accord pour le gouvernement Tsipras, dont Angela Merkel refuse obstinément d'entendre parler.

Les armes redoutables de la Grèce

Passé le choc de cette première bataille référendaire, chacun affute ce qui lui reste de munitions. Mais à ce petit jeu, pas sûr que le mouches n'aient pas changer d'âne.

Certes, l'Europe dispose du garrot financier dont la BCE use et abuse depuis que les relations ont tourné boudin, limitant son "aide" aux banques grecques en faillite à son strict minimum vital pour sevrer l'infortuné pays hellène de liquidités et foutre la trouille à ses malheureux habitants.

Mais la Grèce détient un autre explosif redoutable : le défaut de paiement , déjà effectif pour les échéances dues au FMI depuis le 30 juin, et qui va l'être pour la BCE dès le 20 juillet avec un premier remboursement de 2,095 milliards d’euros dont Mario Draghi a toutes les chances de faire le deuil.

Mieux, contrairement à la France, comme le signale l'économiste Jacques Sapir, la Grèce dispose d'un providentiel gilet pare-balles : un excédent budgétaire positif avant paiement d'une dette (qu'elle ne paie plus) et qui lui permet de faire face à ses obligations de base, comme le paiement du salaire des fonctionnaires et des retraites.

L'amputation très risquée du membre récalcitrant

Acculée, l'Europe cède à la panique et à la tentation des expédients jusqu'au-boutistes : le fameux Grexit forcé et contraint à défaut de pouvoir être soigneusement planifié. C'est du moins la piste de fuite éperdue qu'a laissé entrevoir mardi Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne.

Faute de pouvoir amputer le membre récalcitrant en bonne et due forme (les règlements de l'UE ne prévoit pas la possibilité d'exclusion d'un de ses membres par les autres), reste à lui serrer le kiki un peu plus fort avec le garrot de la BCE pour le contraindre à une sortie piteuse.

Sauf que là encore, la mesure exécutoire pourrait bien se retourner contre le bourreau. En forçant la Grèce à prendre son envol en toute indépendance, l'UE pourrait bien s'être tirée une bien vilaine balle dans le pied sans même s'assurer de son propre salut.

Imaginez une seconde, qu'à l'instar de l'Islande, la Grèce, retournée à la Drachme, démontre qu'elle peut se passer d'une encombrante "aide" empoisonnée européenne. Imaginez la tête des autres pays membres en difficulté (à peu près tous) en découvrant cette aguichante opportunité. Imaginez la bobine hilare, en embuscade, d'un Vladimir Poutine qui au lendemain du référendum de dimanche fut le plus empressé à s'entretenir avec Alexis Tsipras...


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