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Publié le 2 août 2020

Les meurtres de lanceurs d'alerte écolos en 2019 battent tous les records

A la répression "douce" succèdent désormais les meurtres impunis, un rapport de l'ONG Global Witness. Histoire vécue de la répression

Au fur et à mesure que les militants écologistes et environnementalistes améliorent leurs actions et leurs méthodes, plus ils acquièrent d’assurance et de connaissances, plus ils réussissent à capter l’attention d’une opinion publique nationale ou internationale, plus ils apparaissent comme des ennemis aux yeux des pouvoirs politiques et des groupes de pression économique ou industriels. Le temps où ces militants étaient simplement moqués comme des écolos insignifiants et cantonnés à leurs jardins bio et à leurs « petits oiseaux » est en train de se terminer.

Les associations et autres comités de défense créés il y a une cinquantaine d’années en France et dans toute l’Europe, ont lentement pris du poids et de l’assurance. Une mouvance qui, dés cette époque a d’ailleurs concerné le monde entier : il suffit de se souvenir que lors de la première Conférence mondiale sur l’environnement organisée en juin 1972, les associations environnementalistes venues de ce que l’on appelait alors le « Tiers-monde » et portant également déjà les protestations des Peuple Premiers, étaient aussi nombreuses que celles venant des pays industrialisés alors que les naturalistes français étaient absents…

Répression policière partout

D’abord considérées comme des moustiques qui agacent et que l’on peut écarter d’un revers de main ou d’un communiqué de presse ironique, les associations que l’on appela alors les écolos ont eux aussi utilisé une presse sortant doucement de son engourdissement pour publier des dossiers révélateurs Parfois grâce à la complicité des fonctionnaires concernés. C’est à cette époque charnière que comme d’autres journalistes je fus en butte à la surveillance et aux tracasseries de ce que l’on nommait alors les Renseignements Généraux (RG). Pour leurs ministres nous étions devenus « les Ennemis de l’Intérieur » que l’on dénonçait fréquemment auprès d’un rédacteur en chef. Ou quand un certain Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de droite racontait à qui voulait l’entendre que les écolos anti-nucléaires étaient grassement payés par les émirs pétroliers. Agaçant, énervant quand on retrouvait sa voiture ou son scooter avec ses pneus crevés, gênant quand la bagnole des RG stationnait en permanence devant un domicile mais rien de tragique. L’Etat policier n’a pas été inventé par Emmanuel Macron…

Le pire, dans tous les pays où se développait une résistance et des offensives écolos, vint ensuite. Les associations environnementales des pays du Sud furent noyautées par leurs administrations. Et dans les nations industrialisés, les entreprises et administrations luttèrent contre la prise de conscience écolos en s’offrant des services (pourtant très onéreux) de cabinets de relations publiques pour décrédibiliser intelligemment ou/et leur barrer l’accès aux médias, notamment en France et dans les journaux régionaux…

Assassinats ciblés

Le lecteur averti sait déjà que ces contre-offensives des systèmes et de groupes de pression ont en partie échoué et que la sensibilité écologique, et donc le soutien de l’opinion publique, a progressé et pas seulement en raison du récent confinement. Mais, depuis au moins une bonne dizaine d’année dans les ex-pays de l’Est, en Russie, en Biélorussie, en Mongolie, en Chine, au Vietnam, en Afrique, aux Philippines, en Amérique Latine, voire aux Etats-Unis, c’est à l’intégrité physique que les forces qui s’opposent à la destruction de la planète. Parfois et de plus en plus souvent, les lanceurs d’alerte écolos sont emprisonnés ou assassinés. Ainsi, pour m’avoir exposé en 2014, à visage découvert les destructions et expulsions engendrées par la construction des infrastructures des Jeux Olympiques d’Hiver à Sotchi, Evgueni Vitiskko, a été condamné à 3 ans de camp à régime sévère…

L’association Global Witness vient de publier son rapport annuel dont le contenu révèle ou rappelle à quel point la répression contre les militants s’accentue : au cours de l’année 2019, explique et démontre cette ONG, 212 militants de l’environnement ont été assassinés. Un triste record qui concerne une cinquantaine de meurtre d’écologistes s’apposant à des projets miniers. L’un des responsables de l’association, Ben Leather, ajoute d’ailleurs: « nos chiffres ne représentent que la partie émergée de l’iceberg, on ne recense des données que sur les assassinats, mais les défenseurs des terres et de l’environnement font face à une multitude d’autres risques tels que l’emprisonnement, la torture, ou les menaces contre eux et leurs proches. De plus les chiffres pourraient être sous-évalués puisque tous les cas ne sont pas répertoriés ».


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