Fidèles aux Postes

Syndicats, élus et usagers ont lancé un mouvement contre la privatisation de La Poste, qui dépasse la seule défense de ce service. Il révèle les besoins de solidarité sociale et territoriale face à une Europe libérale. Un dossier à lire dans notre rubrique Eco/Social .

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Tout un symbole. Souvenez-vous du slogan : « Bougez avec La Poste ». Depuis plusieurs semaines, le mouvement mené contre la privatisation de La Poste l’applique à la lettre, dans un front uni qui dépasse la seule défense de l’entreprise publique. « Une telle convergence pour la défense d’un service public, c’est du jamais vu ! C’est même historique ! » , constatait Yolande Gaffié, de la fédération CGT des activités postales et de télécommunication, dans une salle pleine, à la Bourse du travail à Paris le 22 octobre, où pas une tête d’affiche syndicale et politique ne manquait à l’appel.
Fait rare, syndicats, associations, mais aussi partis politiques de gauche, du PS à la LCR-NPA, habituellement incapables de se rassembler pour s’opposer aux politiques de Nicolas Sarkozy, ont mis en place un « Comité national de mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et un référendum sur le service public postal ». Plus de 50 organisations ont appelé au rassemblement « des pos­tières, des postiers, citoyennes et citoyens, les usager(e)s et les élu(e)s pour la défense et le développement du service public de La Poste » le 22 novembre. Même l’Association des maires de France (AMF) et l’Association des ­maires ruraux de France (AMRF), qui ne réunissent pas que des élus de gauche, sont sur le pont. Et, signe de l’importance de ce mouvement, les campagnes de pétitions ne se comptent plus. Les urnes ont fleuri sur les marchés pour réclamer débat public et référendum. On ne sait pas pour l’instant le nombre exact de signatures recueillies ici ou là, mais pour la seule CGT, le cap des 300 000 signatures est déjà largement dépassé.

Illustration - Fidèles aux Postes
Des usagers de Larrazet, près de Montauban, protestent contre la réduction des horaires d’ouverture de leur bureau de poste. Cabanis/AFP

Ça bouge donc à La Poste ! Comme jamais depuis l’annonce en juillet par son président, Jean-Paul Bailly, d’un projet de changement de statut et d’ouverture de capital, synonyme de privatisation pour les ­opposants à cette perspective. L’idée d’un ­référendum d’initiative populaire lancée par FO-Communication, désormais inscrit dans la Constitution, a sans doute rassemblé au-delà de la sphère militante habituelle. Il faut aussi ajouter que La Poste est considérée comme un service public à part, « le noyau dur du service public » , la « propriété de la collectivité » , selon le préambule de la Constitution. Ce réseau de proximité a pris une valeur symbolique, « forte aux yeux des citoyens » , estime l’AMRF. Il est indispensable en termes d’aménagement du territoire et de lien social, ainsi que dans le domaine du service bancaire pour les plus défavorisés. « Que deviendraient les plus fragiles ou les plus isolés de nos concitoyens en cas de banalisation de La Banque postale, de réduction de tournées de facteurs, de fermeture massive de bureaux de poste ? » , interroge l’appel du comité national. Les effets de cette ouverture à la concurrence imposée par la Commission européenne sont déjà ressentis par les usagers (voir page suivante). En 2006, une enquête de l’UFC-Que ­choisir notait qu’un tiers des personnes « n’ayant à leur disposition qu’un simple relais poste […] sont mécontentes de ce substitut de bureau ».

L’opposition à la privatisation cristallise un ras-le-bol généralisé de la dégradation de l’ensemble des services publics, et une volonté de reprendre la main sur un mouvement de libéralisation aveugle qui semblait irréversible avant la crise financière. Pourquoi donc changer de statut alors que l’entreprise publique fait face à la situation, surtout en pleine crise financière et économique, et ce malgré les handicaps liés au désengagement financier de l’État ? Ouvrir au marché un service public pour améliorer ses « performances » et promettre des baisses de tarifs ne sont pas des arguments nouveaux. On en connaît les résultats dans d’autres pays de l’Union européenne : le bilan est calamiteux, d’autant que le désastre financier qui secoue le monde entier montre aussi les effets des logiques boursières.
L’Élysée et le gouvernement, qui avaient accédé à la demande du patron de La Poste d’ouvrir le capital, ont pour l’instant mis un bémol à leur volonté d’aller vite. Les mobilisations ont provoqué un mouvement ­d’opinion qui a sans doute grippé leurs projets. La commission Ailleret, qui doit « évaluer l’impact sur La Poste » dans la perspective de l’ouverture complète à la concurrence au 1er janvier 2011, a d’ores et déjà repoussé la remise de ses conclusions courant décembre. L’Élysée cherche à calmer le jeu et à canaliser le mécontentement, mais l’objectif reste le même, poussé par l’Union européenne et par la France. Tout un symbole…


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