Le roman d’un gangster

Simon Sebag Montefiore relate la jeunesse du futur Staline, Caucasien peu recommandable, aventurier avant d’être révolutionnaire.

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Comme s’il avait quelque chose à se faire pardonner, Simon Sebag Montefiore parsème son récit sur la jeunesse de Staline d’appréciations peu flatteuses : « gangster », « terroriste », « jeune homme sans scrupule », « insensible ». Faut-il se justifier de construire un livre passionnant sur un personnage sulfureux ? Car il est vrai que ce fils de cordonnier est un sujet de roman : tour à tour enfant de chœur, séminariste, chasseur et météorologue, écrivant et publiant des poèmes avant d’être connu comme révolutionnaire et organisateur de sanglantes attaques de diligences et de banques pour procurer de l’argent à Lénine, qu’il rencontre pour la première fois en novembre 1905, en Finlande.

Lui, son royaume, c’est la Géorgie, où il est né, et le Caucase, où il rassemble les ouvriers, organise les grèves en chantant « la Marseillaise » après avoir quitté le séminaire. Les cinq ans qu’il y a passés l’ont guéri de la religion, mais en ont fait un intellectuel aussi bien nourri de Victor Hugo que de Zola ou Marx, lus en cachette la nuit dans les dortoirs de l’école, où sa voix fait merveille à la chorale. Une voix avec laquelle, dans un registre plus sentimental, il charmera souvent les femmes, qu’elles viennent du peuple ou de l’aristocratie. Laquelle ne lui ménagea pas, contrainte ou volontaire, son soutien logistique et financier. Dans la longue liste de ses « complices » politiques, on trouve un prince, grand-père du président actuel de la Géorgie, Mikheil Saakachvili.
Des mille et une histoires retrouvées par l’auteur dans des archives oubliées, le lecteur pourra aussi déduire que la brutalité et le charme du personnage trouvent en partie leur origine dans son affection-détestation envers un père qui se détruira en buvant et le maltraitera jusqu’à ce qu’il quitte Gori, sa ville natale, pour Tbilissi (alors Tiflis), en compagnie de sa mère. Pèseront aussi sur son comportement les maladies et les accidents auxquels il survivra de justesse, le doute qui ne sera jamais levé sur ses origines – son véritable père fut peut-être un pope ami de la famille –, et la mort de sa femme, Kato, en 1907.
Ce livre, qui souffre parfois de l’imprécision des sources et des citations, rappelle à ceux qui l’auraient oublié que Iossif Vissarionovitch Djougachvili, l’homme aux quarante pseudos de guérilla qui n’adopta le surnom de Staline qu’en 1913, était d’abord un Caucasien, avec tout ce que cela implique de folie, d’excès, de grandeur et d’amour des armes. Cette jeunesse fascinante ne peut faire oublier la suite de l’histoire de l’URSS, mais, au moment où le jeune Staline se battait et s’échappait de prison ou de ses exils sibériens, les prisons du tsar Nicolas II comptaient près de 200 000 prisonniers politiques. Quant à la « morale » de l’histoire, s’il en existe une, elle fut tirée plus tard par Staline : « La politique est un sale boulot, et nous avons tous fait du sale boulot pour la Révolution. »


Le Jeune Staline, Simon Sebag Montefiore, Calmann-Lévy, 500 p., 25,90 euros.

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