Halte au saccage des forêts !

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Tristes forêts françaises ravagées par les abatteuses-ébrancheuses, quand elles ne sont pas détruites par les ouragans ou transformées en champs de tir par les chasseurs. Ce qui était un lieu de silence
et de sacralité, un refuge pour les animaux, un lieu ouvert aux hommes et un témoin du temps qui passe offre maintenant le spectacle
de clairières saccagées, d’arbres déchiquetés à mi-hauteur,
de billes de bois entassées, de coupes rases et de larges pistes d’exploitation au sol défoncé et compacté.
Tout cela n’est pas l’effet du hasard, mais le résultat d’une politique bien précise, impulsée depuis les plus hauts niveaux de l’État,
de maximisation de la production de bois afin d’alimenter
les industries de transformation en aval, pâte à papier ou bois d’œuvre. Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas lui-même tout récemment demandé qu’on lui présente avant fin mars un plan d’urgence
pour « valoriser la filière » ?

À l’heure de la sixième grande extinction de la biodiversité,
et alors que 50 % des espèces animales, végétales et de champignons vivent en forêt ou en lisière de forêt, cette obsession de la rentabilité
à court terme paraît bien médiocre, pour ne pas dire criminelle. Comment peut-on mettre en balance la nécessaire et urgente protection de la nature, sans laquelle l’espèce humaine disparaîtra
tôt ou tard, ainsi qu’un grand nombre d’autres espèces,
avec les dérisoires intérêts financiers immédiats des exploitants forestiers ou des fabricants de pâte à papier ? Il y a là une aberrante myopie, un aveuglement qui frise la bêtise.
Naguère encore, la forêt française était relativement protégée de cette exploitation outrancière par un faible souci de rentabilité
à court terme, aussi bien de la part de l’ONF
pour ce qui est des forêts domaniales,
que des très nombreux propriétaires privés 1
qui n’ont de bois que pour le plaisir
ou comme placement patrimonial à long terme.

Mais tout ceci est en train de changer
rapidement : l’ONF est désormais sommée
par l’État de maximiser sa production
et sa rentabilité, et les propriétaires privés
sont vivement incités à couper toujours plus de bois, voire culpabilisés s’ils ne le font pas. Quant aux écologistes, ils ont eu la naïveté coupable – dans le cadre du Grenelle de l’Environnement – d’avaliser cette augmentation sans fin de la production, en contrepartie de vagues et illusoires promesses de protection de la biodiversité.
Il est donc plus qu’urgent de revenir à la raison, c’est-à-dire
avant tout de poser en principe que la protection de la biodiversité
doit passer avant la rentabilité économique, et de réglementer
en conséquence la gestion forestière.
Concrètement, cela veut dire la création de vastes réserves
intégrales non exploitées. Et, pour les forêts exploitées,
cela implique notamment : interdiction de coupes rases,
prélèvements ne dépassant pas la capacité de régénération
naturelle, maintien de l’ambiance forestière avec mixité
des âges des arbres, préservation des habitats des animaux
que sont les arbres morts ou sénescents, etc.
Mais, pour l’instant, c’est le chemin inverse qui est pris…


  1. Il y a en France 3,5 millions de propriétaires privés de forêts, dont 85 % possèdent moins de 10 ha. 


Jean-Louis Gueydon de Dives est
président de la fondation
Pour une Terre humaine

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.