À La Hague, haro sur les déchets nucléaires

Présenté comme le « futur plus grand chantier de France », le programme « Aval du futur » d’Orano prévoit d’agrandir l’usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague. Il ravive surtout une résistance citoyenne pour défendre un territoire.

Vanina Delmas  • 16 juillet 2025 abonné·es
À La Hague, haro sur les déchets nucléaires
Sur Google Earth, le site d’Orano, entouré de prés et de terres agricoles, est flouté.
© Google Maps

Pour rejoindre La Hague depuis Cherbourg, il faut emprunter la route départementale 901 sur une quinzaine de kilomètres. Impossible de rater le site d’Orano, ex-Areva, spécialisé dans le recyclage des combustibles nucléaires. « Vous voyez, cette route symbolise l’omniprésence de l’industrie du nucléaire sur notre territoire. Elle a été transformée et sécurisée pour mieux desservir le centre. Et si on ne bifurque pas sur la voie de gauche, on arrive directement aux portes d’accès du site », s’indigne Christophe Desquesnes.

Bientôt, deux vues s’affrontent : à gauche, des champs vallonnés, avec des vaches et une herbe encore bien verte, auréolés d’une mer scintillante ; à droite, un patchwork de bâtiments entourés de barbelés et d’un haut mur de béton. Quelques kilomètres plus loin, au rond-point des Chèvres, un panneau « Piscines nucléaires Orano : NON » trône encore fièrement, vestige d’une ancienne manifestation.

En 2021, les citoyens découvrent qu’EDF concocte un projet de construction d’un nouveau bassin de stockage de déchets radioactifs sur le site de La Hague. Un chantier d’abord prévu à la centrale de Belleville-sur-Loire, mais qui a échoué grâce à la contestation citoyenne. « À la première réunion, EDF nous a présenté un projet déjà ficelé, sans concertation possible, et a déroulé ses mensonges sur les déchets recyclables. Ils étaient en terrain conquis, se souvient Delphine Giraud. Soudainement, quelqu’un a crié “Trop c’est trop !”, et on s’est dit que quelque chose se passait. »

Un nouveau souffle de contestation gagne une partie des habitant·es, pourtant peu enclin·es à s’opposer à l’industrie nucléaire, et le collectif Piscine nucléaire stop se forme progressivement.

À la première réunion, EDF nous a présenté un projet déjà ficelé, sans concertation possible.

D. Giraud

Composé d’anciens opposants à la centrale de Flamanville, de salariés du nucléaire et d’une nouvelle génération de militant·es qui créent des ponts avec d’autres luttes, comme celle contre le centre d’enfouissement des déchets à Bure, il se veut d’abord un lanceur d’alerte pour les habitants. Il ne se déclare pas antinucléaire, car ici, tout le monde y est lié d’une façon ou d’une autre.

« On s’habitue au nucléaire, résume Christophe Desquesnes, membre actif du collectif. Mais cela n’empêche pas d’être critique : on peut être pour le nucléaire et contre le retraitement des déchets. » La mission première du collectif est d’informer sur les problématiques des déchets, d’aller au-delà des éléments de langage de l’industrie du nucléaire, et de défendre un territoire, qui veut être autre chose que la poubelle nucléaire de la France.

10 000 tonnes de combustibles usés

Un autre projet a éclos pour remplacer celui d’EDF : le programme « Aval du

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