Mediator : médicaments, la crise de foi

Le scandale du Mediator remet en cause toute la chaîne de la pharmacovigilance. Premiers responsables, d’après le rapport de l’Igas paru le 15 janvier : le laboratoire Servier et l’Agence française de sécurité sanitaire.

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Les têtes tombent dans le scandale du Mediator. Le 15 janvier, l’Inspection générale des affaires sanitaires (Igas) a rendu un rapport concluant à la responsabilité du laboratoire Servier et de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) dans la commercialisation du médicament, qui a entraîné de 500 à 2 000 morts en trente ans.

« Le déroulement des événements relatés dans ce rapport est très largement lié au comportement et à la stratégie des laboratoires Servier » , tranche l’Igas, qui ajoute qu’ils ont « roulé dans la farine » les acteurs de la chaîne. Par une série de truchements sur la nature de la molécule et sur son nom (benfluorex, un anorexigène), Servier a réussi à contourner les obstacles à sa mise sur le marché dès 1976. Puis en 1995, alors que les autres molécules de sa classe en étaient écartées, et en 1999, alors que son retrait était rendu possible. Mise en cause du processus d’autorisation de mise sur le marché (AMM), de la politique de remboursement, non-application du principe de précaution et pouvoir d’un industriel : c’est toute la chaîne du médicament et de la pharmacovigilance qui est remise en question dans un pays où le secteur est florissant.

Pour combien de temps ? L’affaire pourrait déboucher sur une crise de confiance à l’égard du médicament, mais aussi de certains experts ou médecins « sous influence » . Des « anomalies majeures ont été identifiées » , selon l’Igas, auxquelles il faut ajouter « le poids des liens d’intérêts » . Le ­ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a annoncé le 15 janvier qu’un projet de réforme de la pharmacovigilance serait déposé avant la fin de l’année. Le lendemain, il a déclaré avoir « une part de responsabilité » dans l’affaire et a souhaité être entendu ainsi que ses prédécesseurs. L’Igas rappelle qu’Élisabeth Guigou, Bernard Kouchner et Jean-François Mattei ont été saisis d’une demande de baisse du taux de remboursement du Mediator. Mais elle exonère les ministres de responsabilité quant aux risques. De même, elle estime qu’aucun des directeurs généraux de l’Afssaps « n’a été informé de manière correcte sur le sujet » . Par ailleurs, elle ne qualifie pas les pressions subies par ses membres. Sa mission – six semaines de travail, une centaine d’auditions, quarante ans de documents – devait se limiter à l’exercice d’organismes ou de fonds publics. C’est pourquoi elle n’a convoqué ni les responsables politiques ni ceux du laboratoire Servier. Mais le scandale du Mediator fait actuellement l’objet de missions d’information parlementaires lancées au Sénat et à l’Assemblée en décembre. Par ailleurs, l’UFC-Que choisir et l’Association française des diabétiques ont déposé une plainte contre X et entamé un combat pour l’indemnisation à 100 % des victimes.

Comment éviter la reconduction de tels drames ? Le 13 janvier, Que choisir et l’AFD ont rappelé qu’il était urgent de limiter le pouvoir de l’industrie pharmaceutique, de réformer l’AMM, de lutter contre les conflits d’intérêt et de reconnaître aux patients, aux médecins et aux associations un « droit d’alerte » et une forme « d’expertise profane » .


Photo : Melnikov / RIA NOVOSTI

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