10 000 départs en vacances : l’objectif fou du bassin minier

Dans le Pas-de-Calais, plus de 10 000 personnes pourront s’évader cet été, parfois pour la première fois. Grâce à l’engagement de plusieurs associations et d’élus locaux qui n’ont pas oublié que le droit aux congés était inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme.

Élise Leclercq  • 16 juillet 2025 abonné·es
10 000 départs en vacances : l’objectif fou du bassin minier
Avelina avec sa famille, qui va avoir la possibilité de partir au Portugal.
© Élise Leclercq

Les abords du stade Bollaert sont pleins. Pourtant, ce samedi 28 juin n’est pas un jour de match. Près de 7 000 personnes ont envahi l’espace mythique du RC Lens. Le lieu a été prêté pour accueillir la Fête des vacances, réunissant l’ensemble des partenaires de l’opération « 10 000 départs, ne rêvez plus, partez ! ». L’initiative semble unique en France et rassemble 28 communes de l’agglomération de Lens-Liévin.

Une cinquantaine de stands sont déployés, qui proposent autant d’animations estivales. Lancer de tongs, châteaux gonflables, ateliers de création de marque-pages : les enfants ne peuvent pas s’ennuyer. Une scène DJ ainsi que des groupes de danse ponctuent l’après-midi sous le soleil nordique, avec bien sûr, le passage obligé de la chanson de Pierre Bachelet « Les Corons ».

Les enfants sont trop contents. C’est rare que l’on parte en vacances.

Aurore

La plupart des familles ne sont pas venues simplement profiter des activités proposées. C’est aussi le moment pour elles de récupérer leur chèque vacances au stand de leur commune. Grâce à cette aide, Aurore, son mari et ses cinq enfants pourront aller voir la mer. « Les enfants sont trop contents. C’est rare que l’on parte en vacances », sourit la mère. La famille lensoise a découvert l’année dernière l’opération qui lui permet de « changer d’air ». Une expression largement reprise par les personnes présentes ce jour-là. Car, comme le rappelle l’association, 40 % de la population française ne part pas chaque année.

Trois possibilités de séjour sont mises en place : le grand séjour commun, qui réunira près de 1 200 personnes sur les côtes normandes et des Hauts-de-France, les départs individuels permis par les chèques vacances pour 8 000 bénéficiaires, et des offres d’hébergement avec 213 logements proposés par la Fondation Je pars, tu pars, il part.

Tous ces départs sont possibles grâce à une multiplicité d’acteurs et un tissu très dense de personnes engagées dans le projet. L’opération est accompagnée par l’association Vacances ouvertes, mais aussi par le Secours populaire, Solidarité laïque et Enjeu 62, et soutenue par 24 partenaires publics, privés et associatifs. Des départs qui permettent en effet de changer d’air, mais aussi de recréer des liens familiaux.

« On ne peut pas passer notre temps à dire que les familles ne se parlent plus, que les parents sont démissionnaires, et finalement offrir comme seul loisir à nos enfants de partir tout seuls en colo. Les gens n’ont même pas les moyens d’assumer cette éducation », explique Jean Létoquart, maire communiste d’Avion.

Notre République est basée sur le bonheur de tous et pour tous. Et nous avons oublié grandement cette partie.

M. Pili

Et pas forcément besoin de partir loin pour se ressourcer. Laetitia, jeune mère de famille, partira avec ses cinq enfants sur la côte près de Dunkerque. D’habitude, les enfants allaient plutôt au centre de loisirs mais, cette fois, « ils vont voir la mer et découvrir autre chose ». Alors que les plus petits s’exercent au tir à l’arc, leur maman explique que chaque sortie doit être réfléchie : « Avec les enfants, ça revient tout de suite 70 euros pour une après-midi. »

« On ne pensait pas pouvoir bénéficier d’une aide »

« Il y a une vraie adhésion populaire, sourit le directeur général de Vacances ouvertes, Marc Pili, qui s’amuse ce jour-là à porter une énorme bouée canard. Notre République est basée sur le bonheur de tous et pour tous. Et nous avons oublié grandement cette partie. » Oublié le bonheur et les vacances. Oublié aussi les personnes, comme Audrey et ses deux enfants, Océane et Evan. « On ne pensait pas pouvoir bénéficier d’une aide. À force, on ne demande même plus », explique la mère de famille. Son mari travaille dans un commerce, elle est sans emploi. « On ne gagne pas des fortunes, mais ça va. »

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Société
Publié dans le dossier
Les empêché·es des vacances
Temps de lecture : 9 minutes

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