A Viry-Châtillon, Mélenchon soutient « deux hommes qui lui sont chers »

Lors d’un meeting en Essonne, le leader du Front de gauche a prononcé un long discours sur l’immigration, l’Europe, et le Front National.

Pauline Graulle  • 30 mai 2012
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A Viry-Châtillon, Mélenchon soutient « deux hommes qui lui sont chers »
© Photo : Michel Soudais

On compte quelques centaines de personnes , guère plus sur la place François-Mitterrand. Une petite place où les enfants courent joyeusement sous le soleil. Une place entourée de HLM où des drapeaux « Front de gauche » ont été suspendus aux fenêtres. Nous sommes sur le « plateau » de Viry-Châtillon, quartier populaire de cette ville de l’Essonne situé non loin de la cité de la Grande Borne qui mord sur Viry et Grigny, mais aussi des tristes zones pavillonnaires de Morsang-sur-Orge, la commune voisine.

Illustration - A Viry-Châtillon, Mélenchon soutient « deux hommes qui lui sont chers »

Le choix de cette place ne doit rien au hasard. Son nom d’abord. Et puis surtout, elle est à cheval entre deux circonscriptions « gagnables » par le Front de gauche en Essonne. Deux « circo » où la législative met en scène deux très proches de Jean-Luc Mélenchon : Gabriel Amard et François Delapierre. Le premier a été l’organisateur des rassemblements de la campagne présidentielle et se présente dans la 7e circoncription (Viry-Châtillon, Juvisy, Athis Mons, Savigny-sur-Orge) ; le second a été le directeur de la campagne de Mélenchon et se présente dans « la 10e » (qui regroupe Morsang-sur-Orge, Saint-Michel-sur-Orge, Grigny, Morsange-sur-Orge, Fleury-Mérogis).

« Une musique familière »

En cette belle soirée de printemps, tous deux sont sur l’estrade, entourés de leurs suppléantes, et surtout de Jean-Luc Mélenchon, venu spécialement de Hénin-Beaumont, explique l’intéressé, pour soutenir « deux hommes qui [lui] sont très chers » .

Ces deux-là ne parleront pourtant que quelques minutes à la tribune. Delapierre pour tancer « les riches, les financiers qui ont toutes ces dernières années tenu les rênes du pouvoir » , et faire la promotion du « vote sûr » dans sa « circo » depuis toujours acquise à la gauche. Amard pour faire le bilan de son action comme ancien maire de Viry-Châtillon et actuel président de la communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, et dessiner les grandes lignes de son mandat de « député combatif, courageux et partageux » .

Jean-Luc Mélenchon est le plus applaudi. Son intervention est, de loin, la plus longue. Une heure de discours qui commence au son des « youyou » –  « Pour moi, c’est une musique familière »  –, et par une apologie de l’immigration. Manière de continuer le combat à distance contre l’adversaire d’Hénin-Beaumont, Marine Le Pen. « Nous sommes fiers d’être mélangés ! » , lance Mélenchon sous les applaudissements d’un public bigarré.

Anniversaire

Le leader du Front de gauche n’a pas oublié qu’aujourd’hui, c’est le septième anniversaire du « non » au Traité constitutionnel européen. Ce 29 mai 2005 où les Français se sont prononcés contre le Traité constitutionnel européen. Sept ans se sont écoulés, qui ont donné raison aux « nonistes » et au Front de gauche, estime Jean-Luc Mélenchon : « La politique menée au niveau européen ne nous mène nulle part, qu’à la catastrophe » . L’ex-candidat à la présidentielle voit toutefois trois raisons de se réjouir depuis l’élection de François Hollande : le retour à un discours sur la croissance, la fin de l’axe Sarkozy-Merkel, et la percée spectaculaire du « Front de gauche grec » porté par cette « tête de pioche » qu’est Alexis Tsipras, le « Mélenchon grec » .

Après avoir moqué la droite qui « est en train de partir en petits morceaux » et « la madame Lagarde » , cette « néo-colonialiste » qui ne paie pas d’impôts, Mélenchon est revenu sur le « danger » de « l’extrêmisation de la droite » : « C’est les populations immigrés qui rendent excédentaires les caisses de sécurité sociale » , a-t-il plaidé, une fois encore sous les applaudissements. Avant de rebondir sur le thème du travail, et formuler une demande solennelle : « Il faut arrêter immédiatement toutes les poursuites contre les syndicalistes : le président de la République doit les amnistier. »

De bonnes remontées

Dans le public, Michel Humbert, l’ancien maire (PCF) de Fleury-Mérogis – une ville qui accueille la prison et regroupe 77 % de logements sociaux –, assure qu’il a de « bonnes remontées » de terrain quant à l’élection de François Delapierre. Quelques mètres plus loin, Nadia, habitante de la Grande-Borne (côté Viry-Châtillon) qui s’inquiète pour l’avenir professionnel de ses trois grands enfants, trouve Gabriel Amard « chaleureux » et espère qu’un Front de gauche fort à l’Assemblée nationale fera pencher le gouvernement plus à gauche.

Adossés à la barrière du parc de jeux pour enfants, Yannick et Karima, eux aussi habitants de la Grande-Borne, n’ont par contre quasiment jamais entendu parler de leur député. Le couple de jeunes actifs trentenaires s’est rendu place François-Mitterrand « parce qu’on a su qu’une personnalité politique venait et qu’elle était de gauche » . Eux qui ont voté Front de gauche le 22 avril estiment que dans leur entourage « beaucoup plus de jeunes s’intéressent à la politique depuis que Sarkozy a montré que la politique, ça change les choses ! » « Mélenchon est connu ici. C’est celui qui comprend le mieux les habitants de banlieue » , juge Yannick. « Son discours est rassurant , ajoute Karima, il dit que quand on a la volonté, on peut y arriver » .

Politique
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