Rio + 20: Hollande craint l’échec et Nicolas Hulot se dit pessimiste

À une semaine du début des conférences sur l’environnement au Brésil, le Président de la République s’est invité vendredi matin au lancement du Forum France Rio + 20 mis sur pied il y a quelques mois par le Comité 21, des associations de protection et des industriels.

Claude-Marie Vadrot  • 8 juin 2012
Partager :
Rio + 20: Hollande craint l’échec et Nicolas Hulot se dit pessimiste
© Photo : AFP / Rémy De La Mauviniere / Pool

Pour lancer son débat sur les enjeux de la prochaine conférence sur l’environnent, le club Rio + 20, initié par le Comité 21, a reçu vendredi matin dans la grande Halle de La Villette un renfort de poids : François Hollande. Normal, il ne s’était pas encore vraiment exprimé sur l’écologie et sur les conférences qui se tiendront au Brésil à partir du 15 juin alors que la ministre de l’écologie reste étrangement muette. D’abord le sommet des peuples qui devrait réunir de nombreux acteurs de la société civile et ensuite du 20 au 23 la conférence des chefs d’Etat dont les « sherpas » peinent depuis des mois à établir un accord sur les décisions à prendre ; au point de désespérer Brice Lalonde, le directeur exécutif de l’ONU chargé de préparer la conférence.

Économie verte, sociale et solidaire

Ce qui n’a pas échappé au président de la République, qui a commencé par expliquer que « les conditions de la réussite ne sont pas encore réunies » . Puis il a ajouté que le « Développement durable ne doit pas être seulement une protection mais surtout une croissante différente » . Avant d’énumérer, « au delà des enjeux économiques » les priorités de la France « la nécessité de s’attacher à l’éradication de la précarité énergétique, la prise en compte du réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité » .

Après avoir expliqué qu’en France il fallait envisager «des tarifs progressifs de l’électricité lié à la consommation » et « une montée de puissance des énergies renouvelables qui devraient devenir un enjeu au niveau de l’Europe » . Pour François Hollande, dont le discours a été applaudi, les trois urgences environnementales seront appuyés par la France à Rio sont « l’accès de tous les pays aux énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, un mécanisme freinant le rachat des terres dans les pays du Sud et un soutien marqué à l’économie verte et à une économie sociale et solidaire ». En rappelant que le PIB, indicateur aux variations de toute façon incertaines, ne devait pas rester le seul indicateur mais « qu’il faut prendre en compte le qualité de l’environnement et la diminution de inégalités » .

« Rio va être difficile »

Le président a également souhaité, en France, une évolution de l’épargne réglementée vers le développement durable. Dans sa conclusion, il a souhaité la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME), évoquée depuis 20 ans, qui serait basée à Nairobi, puis a prévenu : « Rio va être difficile, avec un risque de division et des paroles non suivies d’actes car la perspective de l’échec existe. D’autant plus que l’échec peut être aussi celui de la désinvolture, de l’ignorance et du refus de la réalité alors que tous les signaux d’alarme sont visibles » .

Une intervention qui contrastait avec les discours béats qui ont précédé ou suivi son allocution, discours présentant Rio comme un nouveau départ et la continuation de la conférence de Rio en 1992, oubliant au passage que la prise de conscience date de la conférence mondiale de Stockholm en 1972, conférence au cours de laquelle tous les avertissement planétaires avaient été énoncés. Un ronronnement d’autosatisfaction qui fut cassé par l’intervention de Nicolas Hulot expliquant qu’en 20 ans, depuis la première conférence de Rio, « on est passé de l’indifférence à l’impuissance. L’heure n’est plus aux constats mille fois faits, mais à l’action » . Selon lui, « la prochaine conjonction entre la crise économique et la crise écologique sera très grave pour la planète, et à Rio nous risquons de trahir nos enfants. Nous fonctionnons toujours à l’antique et nous risquons d’être prochainement, dans tous les domaines, contraints de gérer la pénurie. Il ne faut pas se contenter d’aménager à la marge et obtenir que l’OME souhaitée par certains ait la primauté sur les décisions du FMI et de l’OMC (…) Rio doit sonner le glas de la cupidité, la fin d’un monde qui spécule sur les ressources naturelles et sur la faillite des Etats » .

Nicolas Hulot a conclu qu’il était à la fois « lassé et sceptique » . Probablement parce que les discours d’autosatisfaction des acteurs du Club Rio + 20 annoncent le ton qui risque de dominer les débats officiels de la conférence brésilienne. Que ce club soit appuyé par Publicis Consultants est en soi une indication inquiétante. D’autant que cette agence de communication voisine avec de nombreux industriels prêts à faire fortune sur « la croissance verte » .

À la société civile qui animera le Sommet des peuples de réussir à infléchir la tendance…

Écologie
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : la vallée du Ciron toujours en travers de la voie
Reportage • 1 octobre 2026 abonné·es

LGV Bordeaux-Toulouse : la vallée du Ciron toujours en travers de la voie

Le territoire du sud de la Gironde s’apprête à subir les travaux préalables au chantier de la ligne à grande vitesse début octobre. Depuis une vingtaine d’années, habitants, associations et élus dénoncent les atteintes à cet espace jusqu’à présent partiellement préservé.
Par Romane Gentil
Environnement : Total multiplie les infractions au Texas
Enquête • 1 octobre 2026 abonné·es

Environnement : Total multiplie les infractions au Texas

À Port Arthur, une raffinerie du géant pétrogazier a écopé de plusieurs millions de dollars d’amende en vingt-trois ans pour avoir relâché des substances toxiques dans l’air. En 2026, l’agence de l’environnement texane a lancé de nouvelles procédures.
Par Orlando Vinson
« Le nucléaire a contribué à faire croire que l’on pouvait avoir une croissance matérielle infinie »
Entretien • 16 septembre 2026

« Le nucléaire a contribué à faire croire que l’on pouvait avoir une croissance matérielle infinie »

Docteur en philosophie des techniques, Ange Pottin s’évertue depuis une dizaine d’années à montrer que l’industrie nucléaire est profondément ancrée dans la terre par ses impacts. Loin de la vision hors sol qu’elle veut nous vendre.
Par Vanina Delmas
Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission
Analyse • 16 septembre 2026 abonné·es

Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission

Face aux enjeux climatiques, les forces pronucléaires gagnent du terrain. Mais du côté des Verts, la ligne est infranchissable, tant l’opposition à l’atome est un combat fondateur de l’histoire du parti.
Par Lucas Sarafian