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À qui font peur les Pussy Riot ?

Retour sur une affaire embarrassante pour le pouvoir russe.

Le procès des Pussy Riot a alimenté les chroniques médiatiques estivales. Pour ceux qui auraient zappé l’affaire, les Pussy Riot, ce sont ces cinq jeunes filles qui, le 21 février, ont osé perpétrer un odieux crime de lèse-Poutine dans la cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur. Le crime : une petite prière punk à la Vierge lui demandant de bouter Vladimir hors du pouvoir. Le groupe, d’inspiration actionniste, a déjà fait parler de lui cet hiver lors de performances contestataires sur la place Rouge ou devant la prison de Moscou. La police s’était alors contentée de disperser les maigres rassemblements. Mais, cette fois-ci, le pouvoir, soucieux de circonscrire la montée en force du courant anti-Poutine, a voulu faire un exemple en réprimant sévèrement ces irrévérencieuses.

Nadejda, Maria et Ekaterina, trois des instigatrices de l’action de protestation, âgées à elles trois de 75 ans, ont été arrêtées et emprisonnées pour « hooliganisme ». Le 25 juin, une pétition de provenance non identifiée, relayée par le patriarche orthodoxe, s’efforce de gommer l’aspect politique et de replacer l’outrage sur le terrain religieux. L’Église ne fait pas dans la dentelle, demandant vengeance contre une action « incitant à la haine religieuse et bafouant la dignité humaine  » et arrestation des organisateurs et de tous ceux ayant «  relayé des informations aux médias » . Rien que ça !

Mauvaise pioche, car l’affaire prend alors de l’ampleur. Une majorité d’orthodoxes et de Russes sont pour leur libération. La presse étrangère en parle. Des responsables politiques appellent à la clémence. Le gotha des rockers internationaux soutient les Pussy (on attend encore d’entendre les Français). Interpellé par David Cameron lors des Jeux olympiques, Poutine fait mine de pardonner l’offense, demandant à ce qu’elles ne soient pas « jugées trop sévèrement »

Le verdict tombe le 17 août. Deux ans de détention dans une colonie pénitentiaire. Pour l’exemple. Est-ce une surprise ? Les arguments retenus par la magistrate ne sont pas d’ordre pénal, mais religieux : elle parle de « sacrilège »,  de « profanation », de blessures infligées à l’âme des croyants. L’audience et le jugement sont une parfaite illustration de la collusion entre justice, pouvoir et religion qui était l’objet même de cette performance. Les Pussy Riot ont gagné, donnant, à leurs dépens, une nouvelle preuve de la dérive autocratique de la Russie poutinienne.

«   Après plus de six mois passés dans une cellule, j’ai compris que la prison, c’était la Russie en miniature. C’est la même verticale du pouvoir, où le règlement du moindre problème passe par la décision exclusive et directe du chef   » , dit Maria dans la lettre que son avocate a lue au procès. Et de conclure en convoquant Kafka et Debord : «   Je n’ai pas peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d’une soi-disant liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever. Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux milliers de gens qui l’écouteront. »


À lire et diffuser sans modération donc, la lettre de Maria Alekhina, dont les Inrocks ont publié de larges extraits.

-La vidéo de la prière à Marie pour chasser Poutine et autres infos sur les Pussy Riot.

Photo : AFP / ALEKSANDR UTKIN / RIA NOVOSTI

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