À flux détendu

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Bien sûr, il y avait la question de fond des débats à l’Assemblée nationale qui était passionnante : l’égalité des droits des homosexuels devant le mariage et l’adoption. Et les échanges ne furent pas tous, loin de là, consternants. Il y avait aussi cette fougue parlementaire se déployant sur quinze jours : comme il était plaisant d’imaginer que d’importantes mesures économiques et sociales – la réforme bancaire par exemple – bénéficient d’autant de temps d’exposition ! Mais ce n’est pas (seulement) pour ces raisons que les débats sur le mariage pour tous m’ont retenu.

J’avais perdu l’habitude d’entendre de l’éloquence chez nos politiques. Non pas des beaux parleurs, mais des belles paroles. Des mots énoncés qui avancent avec élégance dans le pli du langage, et qui produisent des démonstrations et des réfutations limpides. Telles ont été les interventions de Christiane Taubira, la garde des Sceaux, qui a porté le texte. Ce n’est pas parce que j’ai de sérieuses réserves vis-à-vis de ce gouvernement que je ne peux le reconnaître : cette femme noire issue de la Guyane et ministre d’État (il n’y a pas d’antécédent, non ?) a su porter haut sa parole. Sans notes, même lors de son discours inaugural, mêlant le droit à l’histoire, gardant la placidité nécessaire pour ne pas troubler son verbe quand la droite se défoulait contre elle, la ministre a fait de la langue française son alliée. Depuis quand n’avait-on entendu une telle phrase à l’Assemblée : « L’habit de l’offuscation vous va si mal ! »  ? Et quand elle s’est mise à citer de mémoire Léon-Gontran Damas, l’un des poètes de la négritude, les vers qu’elle prononçait s’incarnaient en elle : « Nous les gueux/nous les rien/nous les peu/nous les chiens/nous les maigres/nous les Nègres/Qu’attendons-nous/Qu’attendons-nous pour faire les fous/pisser un coup/tout à l’envi/contre la vie/stupide et bête/qui nous est faite ? »


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