Le président égyptien refuse de plier

L’ultimatum posé par l’armée au président Égyptien Mohamed Morsi a expiré. Le président s’est malgré tout maintenu au pouvoir.

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Le président égyptien Mohamed Morsi a refusé de se plier à l’ultimatum posé lundi par l’armée, qui a expiré cet après-midi, et qui l’enjoignait de répondre « aux revendications du peuple » sous 48 heures. Il lui a d’ailleurs été interdit de quitter l’Égypte, ainsi qu’à des responsables islamistes, selon l’AFP.

Sur sa page Facebook, le président a appelé à la formation « d’un gouvernement de coalition et de consensus afin d’organiser les législatives à venir » . Les Égyptiens étaient depuis lundi suspendus aux moindres déclarations officielles. Un suspens que résumait ce matin la Une du grand quotidien al-Ahram : « Aujourd’hui : éviction ou démission » .

Démissions en cascade

Mohamed Morsi, le 26 mars au Qatar - Photo : AFP PHOTO/KARIM SAHIBDepuis lundi nombre de figures politiques, cinq ministres et deux porte–parole, ont tour à tour démissionné. Ce qui n’a pas écorné la détermination grandissante de Mohamed Morsi, toujours accroché, ce matin encore, à sa « légitimité » héritée de son élection démocratique. Loin de lui l’idée de se soumettre au « diktat » de l’armée, il a même exigé d’elle qu’elle « retire son avertissement » , dans un message posté sur le réseau social Twitter.

Son entrevue d’hier avec le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée, n’a pas auguré une sortie de crise pour autant. Bien au contraire, le général est aussi déterminé que lui. Il a d’ailleurs estimé « plus honorable pour (les opposants au gouvernement) de mourir que de voir le peuple égyptien terrorisé et menacé » , rapporte l’AFP.

Un conseil présidentiel de trois personnes aux commandes de l'État

Difficile de tracer les contours de l’après-ultimatum, l’armée assurant ne pas préparer de coup d’État. À en croire ses déclarations, elle préfère se limiter à une « feuille de route » dont le journal al-Ahram s’est procuré des extraits. Selon ces éléments, l’armée envisagerait de superviser étroitement le départ du gouvernement, de mettre aux commandes de l’État un conseil présidentiel de trois personnes dirigé par le président de la Haute cour constitutionnelle et de suspendre la Constitution pour une durée allant jusqu’à un an.

Quant au futur gouvernement, composé de technocrates apolitiques, il serait formé sous « la direction d’un des chefs de l’armée » . Des conditions grâce auxquelles l’armée pourra tirer profit de la crise. Une fois ces mesures établies, quiconque tentera de s’y opposer risque d’être placé en résidence surveillée. Les manifestants hostiles à Morsi ont bien accueilli l’ultimatum. Le risque pour eux étant de légitimer ce qui s’apparente, quoi qu’on en dise, à un coup d’état militaire.

22 millions de signatures

La fronde populaire, amorcée dimanche, a rapidement été récupérée par l’armée. Le premier ultimatum, adressé lundi par le peuple, donnait au président 24 heures pour quitter ses fonctions. Tandis qu’elle multipliait les opérations de « séduction » auprès du peuple, l’armée a lancé un ultimatum à son tour, lundi soir.

Dimanche, des millions de personnes battaient le pavé, reprenant les slogans de la fronde contre le gouvernement d’Hosni Moubarak, de 2011, « le peuple veut la chute du régime » . Les manifestants sont parvenus à récolter plus de 22 millions de signatures réclamant le départ du président issu des Frères musulmans. Pourtant, celui qu’ils avaient élu, il y a un an, avec 51,73% des voix n’est pas disposé à renoncer au pouvoir.


Photo : GIANLUIGI GUERCIA / AFP

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