Le droit international, outil de progrès ou de domination : des règles à double face

Depuis les traités de Westphalie, le droit international s’est construit comme un champ en apparence neutre et universel. Pourtant, son histoire est marquée par des dynamiques de pouvoir, d’exclusion et d’instrumentalisation politique. Derrière le vernis juridique, le droit international a trop souvent servi les intérêts des puissants.

Pierre Jacquemain  • 9 juillet 2025 abonné·es
Le droit international, outil de progrès ou de domination : des règles à double face
Au Canada, en Alberta, lors d’une marche en hommage aux femmes autochtones assassinées.
© Artur Widak / NurPhoto / AFP

Les traités de Westphalie (1648), signant la fin de la guerre de Trente Ans, ont consacré la souveraineté des États-nations, fondant l’idée d’un ordre international basé sur l’égalité juridique des États. Mais cette égalité était déjà profondément biaisée. Elle s’appliquait aux puissances européennes, à l’exclusion totale des peuples colonisés. Le système westphalien a ainsi posé les bases d’un droit international eurocentré, ignorant les structures politiques et juridiques des autres civilisations. Dès ses origines, le droit international est donc une construction idéologique, masquant une réalité d’asymétrie de pouvoir : l’Europe codifie les règles du jeu qu’elle est seule à jouer.

L’expansion coloniale européenne s’accompagne d’une extension du droit international – mais toujours au profit des colonisateurs.

Une nouvelle étape structurante survient avec le Congrès de Vienne en 1814, organisé à la suite des guerres napoléoniennes. Ce congrès ne se contente pas de redessiner les frontières européennes : il réaffirme les principes d’un ordre monarchique et conservateur, stabilisé par le droit et la diplomatie entre grandes puissances.

Là encore, le droit international est mobilisé non pour promouvoir l’autonomie des peuples, mais pour garantir un équilibre entre empires, excluant toute forme de souveraineté populaire ou de reconnaissance des aspirations nationales non européennes. Le « concert des nations » issu de Vienne érige en norme la domination politique des grandes puissances sur un ordre mondial prétendument pacifié.

Du XVIIIe au début du XXe siècle, l’expansion coloniale européenne s’accompagne d’une extension du droit international – mais toujours au profit des colonisateurs. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pourtant évoqué dès la Révolution française, reste lettre morte pour les colonies. La Conférence de Berlin (1884-1885), souvent oubliée, en est un exemple frappant : les grandes puissances y découpent l’Afrique sans la moindre considération pour les populations concernées – sous couvert d’un langage juridique et diplomatique qui donne à l’entreprise impérialiste une façade de légalité.

Entre deux pôles contradictoires

Après l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles de 1919 marque une tentative de refonder l’ordre international. Il institue la Société des Nations (SDN), dans un effort sans précédent de créer une gouvernance mondiale fondée sur le droit et la coopération. Ce moment semble ouvrir une brèche en faveur de la paix et de la diplomatie multilatérale. Pourtant, cette ambition se heurte

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Publié dans le dossier
Le droit international piétiné
Temps de lecture : 5 minutes

Pour aller plus loin…

Brésil : Flávio Bolsonaro, le portrait c(r)aché du père
Monde • 16 octobre 2026 abonné·es

Brésil : Flávio Bolsonaro, le portrait c(r)aché du père

Après la douche froide du premier tour, remporté par l’extrême droite avec Flávio Bolsonaro en position de favori, le pays sort de la torpeur. D’aucuns s’adonnent à une expérience de pensée : à quoi ressemblerait un retour du bolsonarisme incarné par le fils de l’ex-président ? Exercice peu réjouissant.
Par Camille Madera
Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi
Reportage • 16 octobre 2026 abonné·es

Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi

À Rio, le Mouvement des sans-toit occupe un terrain vague où plus d’une centaine de personnes bataillent pour le droit au logement. Dans ce campement de bric et de broc, l’incertitude monte à l’approche du second tour de l’élection présidentielle, dont le résultat sera déterminant pour la lutte.
Par Camille Madera
Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »

Chaque année, des centaines de milliers de personnes transitent par Djibouti, puis le Yémen, pour atteindre l’Arabie saoudite. Un périple dangereux, nourri par l’espoir d’une vie meilleure, autour duquel s’est développée une économie clandestine dont profitent passeurs, intermédiaires et même certaines autorités au sein de l’appareil d’État.
Par Clara Nusaybi
Au Chili, malgré la répression, les étudiants défient le président d’extrême droite
Reportage • 8 octobre 2026 abonné·es

Au Chili, malgré la répression, les étudiants défient le président d’extrême droite

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2026, José Antonio Kast se confronte à un mouvement étudiant et lycéen vent debout contre les coupes budgétaires dans l’éducation.
Par Marion Esnault