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Sanctions en série contre les syndicalistes de La Poste

Deux délégués syndicaux sont poursuivis pour des faits de grève. Une stratégie à peine voilée de la direction, qui a relancé les restructurations.

Pour avoir mené en juillet des débrayages « sans préavis », dans le centre de courrier de La Défense (Hauts-de-Seine), deux représentants syndicaux encourent une mise à pied et un licenciement.

Appelés en renfort par des salariés le 27 juin, Brahim et Yann, délégués syndicaux SUD PTT, avaient activement participé à une série de débrayages contre le non-renouvellement du CDD d’un agent de 57 ans, en poste dans ce centre depuis un an et demi. Après avoir enchaîné 7 contrats, ce père de 5 enfants très apprécié de ses collègues avait été remercié par la direction.

« Les employés ont été assez choqués par cette affaire. Nous avons débrayé avec près de 80 % de grévistes, ce qui est très rare pour défendre un salarié » , se souvient Yann Le Merrer, permanent SUD PTT.

Quatre jours de grève plus tard, la direction a fini par céder. Pour l’avoir fait travailler pendant un mois sans contrat, elle a même été contrainte de lui proposer une embauche : un contrat de 15 h à Médiapost, la distribution de publicité non adressée, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), à l’autre bout de l’Île-de-France.

À l'issue de ce bras de fer, elle a aussi traîné les deux représentants syndicaux en commission disciplinaire. Les motifs de poursuite sont les mêmes qu’à l’habitude : « Incitation à la grève illicite », « prise de parole non autorisée », etc.

Un rassemblement était organisé, jeudi midi, devant la direction départementale des Hauts-de-Seine de La Poste, où l'un des syndicalistes était convoqué. SUD réaffirme sa détermination.

  • Reportage :

Contre Brahim Ibrahimi, facteur à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et représentant départemental SUD, la direction demande un licenciement pour faute grave1. Nouveauté, pour cet habitué des poursuites disciplinaires, la direction lui reproche des « insultes » pour alourdir le dossier face à l’inspection du travail qui a systématiquement rejeté les précédents licenciements pour faits de grève.

  • «C'est la première fois qu'on intègre cet élément d'"insulte"...» Brahim Ibrahimi.

Yann Le Merrer, le second syndicaliste poursuivi, sort à peine d'une première mise à pied de huit mois, suivie d'une exclusion de fonctions d'un an et demi pour « intrusion dans un établissement », « prise de parole non autorisée », « participation active à une séquestration » (l’affaire a été jugée en correctionnelle et a entraîné la condamnation de 3 militants) et « atteinte à la vie ». Il avait participé à une occupation des locaux du groupe, à Nanterre, en mai 2010.

Yann doit passer d’ici quinze jours en commission disciplinaire et risque 6 mois de mise à pied, auxquels pourraient s’ajouter 6 mois supplémentaires en raison d’un sursis prononcé dans une précédente affaire.

Selon lui, la stratégie de la direction mise en place depuis 2010 resurgit aujourd'hui alors que l’entreprise a relancé les réorganisations entamées depuis quinze ans. Une trêve et un « grand dialogue social » avaient été prononcés après la vague de suicides en 2011 et 2012.


  1. S'il était prononcé, le licenciement devrait encore être validé par l’inspection du travail pour ce salarié protégé 


Photo : FRANCOIS GUILLOT / AFP

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