Sanctions en série contre les syndicalistes de La Poste

Deux délégués syndicaux sont poursuivis pour des faits de grève. Une stratégie à peine voilée de la direction, qui a relancé les restructurations.

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Pour avoir mené en juillet des débrayages « sans préavis », dans le centre de courrier de La Défense (Hauts-de-Seine), deux représentants syndicaux encourent une mise à pied et un licenciement.

Appelés en renfort par des salariés le 27 juin, Maxime [1] et Yann, délégués syndicaux SUD PTT, avaient activement participé à une série de débrayages contre le non-renouvellement du CDD d’un agent de 57 ans, en poste dans ce centre depuis un an et demi. Après avoir enchaîné 7 contrats, ce père de 5 enfants très apprécié de ses collègues avait été remercié par la direction.

« Les employés ont été assez choqués par cette affaire. Nous avons débrayé avec près de 80 % de grévistes, ce qui est très rare pour défendre un salarié » , se souvient Yann Le Merrer, permanent SUD PTT.

Quatre jours de grève plus tard, la direction a fini par céder. Pour l’avoir fait travailler pendant un mois sans contrat, elle a même été contrainte de lui proposer une embauche : un contrat de 15 h à Médiapost, la distribution de publicité non adressée, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), à l’autre bout de l’Île-de-France.

À l'issue de ce bras de fer, elle a aussi traîné les deux représentants syndicaux en commission disciplinaire. Les motifs de poursuite sont les mêmes qu’à l’habitude : « Incitation à la grève illicite », « prise de parole non autorisée », etc.

Un rassemblement était organisé, jeudi midi, devant la direction départementale des Hauts-de-Seine de La Poste, où l'un des syndicalistes était convoqué. SUD réaffirme sa détermination.

Contre Maxime, facteur à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et représentant départemental SUD, la direction demande un licenciement pour faute grave[2]. Nouveauté, pour cet habitué des poursuites disciplinaires, la direction lui reproche des « insultes » pour alourdir le dossier face à l’inspection du travail qui a systématiquement rejeté les précédents licenciements pour faits de grève.

Yann Le Merrer, le second syndicaliste poursuivi, sort à peine d'une première mise à pied de huit mois, suivie d'une exclusion de fonctions d'un an et demi pour « intrusion dans un établissement », « prise de parole non autorisée », « participation active à une séquestration » (l’affaire a été jugée en correctionnelle et a entraîné la condamnation de 3 militants) et « atteinte à la vie ». Il avait participé à une occupation des locaux du groupe, à Nanterre, en mai 2010.

Yann doit passer d’ici quinze jours en commission disciplinaire et risque 6 mois de mise à pied, auxquels pourraient s’ajouter 6 mois supplémentaires en raison d’un sursis prononcé dans une précédente affaire.

Selon lui, la stratégie de la direction mise en place depuis 2010 resurgit aujourd'hui alors que l’entreprise a relancé les réorganisations entamées depuis quinze ans. Une trêve et un « grand dialogue social » avaient été prononcés après la vague de suicides en 2011 et 2012.

[1] Le prénom a été modifié.

[2]: S'il était prononcé, le licenciement devrait encore être validé par l’inspection du travail pour ce salarié protégé


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